2° Dimanche Avent A

humilitéEsaïe 11, 1-10 / ps 71
Romains 15, 4-9
Matthieu 3, 1-12

Dans cet évangile, il y a un mot très fort : « Convertissez-vous ! »
Et une figure qui s’impose : Jean le Baptiste !

Passage obligé pour aller vers le Christ, passage obligé pour notre route d’Avent qui nous conduit bien plus loin que Noël. On voudrait trouver un chemin plus commode pour arriver sans bruit à la crèche, mais non ! le grand portail des Evangiles, c’est Jean-Baptiste, Jean le précurseur, celui qui annonce la venue du Christ, qui prépare la route, qui rend droit les chemins. Même le 4° évangile qui ne raconte pas l’histoire comme les autres, va nous parler d’abord de Jean-Baptiste : « Il y eut un homme envoyé par Dieu : son nom était Jean » et il sera le témoin par excellence. Oui, plus qu’un prophète, dira de lui Jésus.

Mais la 1° parole de Jean, qui résonne aujourd’hui, c’est ce mot très fort : « Convertissez-vous ! » Jésus le reprendra. C’est un mot-clé de la vie chrétienne, souvent mal compris, un mot qui peut faire peur, et c’est vrai que les paroles de Jean-Baptiste à l’égard des pharisiens ne sont pas tendres : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez un fruit digne de la conversion …Tout arbre qui ne produit pas de bons fruits, va être coupé et jeté au feu. »

Peut-être Jean Baptiste veut-il nous dire par là que la conversion, c’est sérieux : ce n’est pas simplement se donner bonne figure, belle apparence : « on est fils d’Abraham et çà suffit », ce que nous pouvons très bien transposer pour nous, croire que parce qu’on est chrétien, baptisé, honnête, pratiquant de temps à autre, généreux pour l’Eglise ou pour telle association, çà va, on est sauvé, on est tranquille…

Or la conversion que Dieu désire, ce n’est pas çà ! elle doit aller jusqu’au cœur. Trop souvent nous en avons fait une question de morale, de bonne conduite, ce n’est pas çà la vie chrétienne : l’Evangile, c’est bien plus qu’une morale. Ou alors, on en reste à une religion sociologique, un vernis qui ne tient pas longtemps et que les jeunes refusent avec raison.

« Convertissez-vous ! », cela veut dire : « Changez de vie » La conversion, c’est une vie nouvelle, c’est la vie de Dieu en nous ; nos frères orthodoxes parleront de divinisation : les adultes qui demandent le baptême le savent bien : cela les touche au cœur, cela les retourne et transforme toute leur vie. Jean baptise dans l’eau du Jourdain, mais il annonce le baptême que Jésus donnera dans l’Esprit Saint et le feu ; je crois que trop souvent nous en restons à ce baptême d’eau donné par Jean, en oubliant l’Esprit Saint et le feu apporté par Jésus pour embraser le monde.

A quelle conversion, Dieu nous appelle-t-il aujourd’hui ? D’abord à une conversion personnelle : ce n’est pas les autres, c’est moi qui dois me convertir. On pourrait croire qu’on est converti une fois pour toutes, or ce n’est jamais fini : il faut marcher à la suite de Jésus, et si l’on s’arrête, on n’est plus disciple de Jésus.

Savez-vous que les moines font vœu de conversion ? Ils entrent au monastère pour se convertir, d’où le nom de frère convers, mais au jour de la profession monastique, rien n’est encore fait, ce sera à reprendre chaque jour, avec des hauts et des bas : le moine reste un pécheur qui tombe, puis se relève, qui tombe à nouveau et se relève encore. C’est cela, la conversion chrétienne qui commence au baptême pour chacun de nous et qui prend en compte nos faiblesses, nos difficultés, nos limites.

Mais Dieu nous appelle aussi à une conversion communautaire. Et là, il y a urgence, plus que jamais. Car notre monde est gagné par des conflits de toutes sortes et des guerres interminables. En ce domaine, le pape François nous pousse à la conversion : si nous savions l’écouter, en écho à la Parole de Dieu ; ce matin nous avons entendu le prophète Esaïe annonçant un monde réconcilié et la pleine victoire sur le mal : « Le loup habitera avec l’agneau ; le léopard se couchera près du chevreau ; sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main : il n’y aura plus de mal sur toute ma montagne sainte. » Je crois qu’il n’y a pas de texte plus fort dans la Bible pour nous montrer que l’Esprit de Dieu l’emportera un jour sur toute violence. Nous connaissons la violence animale, mais la violence humaine est encore plus effroyable. Ce n’est pas étonnant que ce texte d’Esaïe ait été proclamé dans les célébrations qui ont suivi les attentats du 11 septembre 2001 à New York. Que pouvons-nous faire ? Peut-être d’abord, essayer de rencontrer l’autre et de faire tomber nos peurs. « Accueillez-vous les uns les autres comme le Christ vous a accueillis » écrivait st Paul aux chrétiens de Rome, à une communauté où les tensions étaient fortes entre juifs et païens.

Autre conversion à laquelle nous a appelé le pape François dans l’encyclique Laudato Si, il y a déjà 4 ans, mais je ne ferai que l’évoquer : la conversion écologique qui demande un mode de vie plus sobre, plus respectueux de la création ; elle est chère aux moines comme aux scouts qui sont parmi nous ce matin Et nos évêques en ont vraiment parlé à Lourdes en assemblée plénière, invitant des laïcs à y participer. Je vous cite la parole finale du président de la Conférence, le P. Eric de Moulins-Beaufort : « Une conviction nous habite, dit-il : Jésus est venu pour tout bouleverser. Non pas pour lancer la révolution, mais pour faire toutes choses nouvelles … La suite du Christ introduit un bouleversement, toujours plus loin et plus profondément que n’aurions pensé aller… Dans le bouleversement de la conversion, nous devons commencer par nous-mêmes. »

Et st Paul, dans sa lettre, nous invite à l’espérance, grâce au réconfort des Ecritures : oui, que l’Esprit de Dieu repose sur nous et nous pousse à aller toujours plus loin.

Frère Basile