31° Dimanche du temps Ord C

zachéeSagesse 11,23 à 12,2 / ps 144
2 Thessal. 1,11 à 2,2
Luc 19, 1-10

Frères & Soeurs, qui d’entre vous ne connaît pas l’histoire de Zachée, et st Luc la raconte d’une manière si vivante qu’on a l’impression d’être là dans la foule pour voir Zachée caché sur son arbre, interpelé par Jésus ; et puis vous êtes-vous posé la question : si c’était moi, Zachée ? C’est peut-être là le secret de l’Evangile : il touche ma vie aujourd’hui : ce petit mot revient 2 fois ; oui, la rencontre de Jésus peut tout changer.

La parole qu’il adresse à Zachée est étonnante : « Zachée, descends vite, aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. » Tout l’évangile est déjà là, comme une bonne nouvelle. D’abord Jésus appelle Zachée par son nom, invitation pressante et personnelle : aujourd’hui, descends vite, presse-toi ! Il ne lui dit pas : Viens, comme il l’a dit à d’autres qui l’ont suivi ; il lui dit : Je viens chez toi, avec ce « il faut », c’est impératif, il faut que j’aille demeurer dans ta maison. Jésus sait bien qu’en parlant ainsi il prend des risques, et cela va faire le tour du quartier « Il est allé loger chez un pécheur ! »

La réponse de Zachée est merveilleuse, sans parole, mais immédiate : « Vite il descendit et reçut Jésus avec joie. » Il aurait pu s’écrier : « Mais non, ce n’est pas possible, je ne suis pas digne » ou encore comme Pierre « Eloigne-toi de moi, je suis un homme pécheur ! » Au contraire il ouvre sa maison et on imagine un face à face, une rencontre personnelle, j’allais dire « un cœur à cœur »

Le mot que je retiens dans la parole de Jésus, c’est « dans ta maison », « chez toi ». Il y a là quelque chose d’incroyable, tellement inattendu pour Zachée. Mais aussi pour nous. Car cette parole, Jésus l’adresse à chacun de nous, c’est Dieu qui s’invite chez nous, chez moi, et qui n’attend pas que nous soyons religieusement corrects, présentables, avec une bonne réputation, non il vient chez nous tel que nous sommes.

Il sait bien toute la misère qu’il peut y avoir dans le cœur d’un homme lorsqu’il est rongé par l’appétit de pouvoir ou la soif de l’argent ; mais son regard sur le monde n’est jamais un regard qui condamne comme le voudraient certains.

La prière, lue tout à l’heure en 1° lecture, tirée du livre de la Sagesse, le dit admirablement : Seigneur, tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout. Tu fermes les yeux sur leurs péchés pour qu’ils se convertissent. Tu aimes tout ce qui existe, tu épargnes tous les êtres parce qu’ils sont à toi… Tu les reprends, tu les avertis, pour qu’ils se détournent du mal et puissent croire en toi. »

Tu peux tout, Seigneur, mais ta puissance n’est pas une puissance qui punit et jette en prison ou en enfer, c’est une puissance d’amour qui attend, qui prend patience, qui espère tout, qui appelle à la conversion, mais qui d’abord s’invite sans façon. Je crois que nous n’avons pas pris la mesure de cette bonne nouvelle, de cet amour de Dieu pour sa créature, de son désir de venir en nous faire sa demeure.

Tout à l’heure après la communion, nous allons chanter ce chant de l’Emmanuel que j’aime beaucoup et je vous livre un souvenir personnel : l’an dernier à l’hôpital de Mulhouse, des amis sont venus m’apporter la communion la veille de l’opération et nous avons chanté : « Tu es là présent, livré pour nous. Toi le tout-petit, le serviteur, Toi le Tout-Puissant, humblement tu t’abaisses. Tu fais ta demeure en nous, Seigneur. »

C’est bien ce qui se passe quand Zachée accueille Jésus chez lui. On pourrait en rester à ce côté intimiste, mais non, quand Dieu fait sa demeure chez nous, il ouvre notre cœur aux autres ; c’est cela la conversion de Zachée : « Voici que je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens ».

Vous savez que lorsqu’on célèbre la dédicace d’une Eglise, d’une maison de Dieu, c’est cet évangile de Zachée qui est choisi, parce qu’il nous donne le sens de l’Eglise, de la communauté : une maison où chacun peut rencontrer Dieu, mais aussi s’ouvrir aux autres. Cela permet de comprendre que nous ne sommes pas une communauté de gens parfaits, irréprochables, mais une communauté de pécheurs pardonnés. Entendons l’appel de Jésus : Zachée, descends vite, descends de ton piédestal, et c’est aussi l’abaissement de Jésus : il est venu habiter parmi les pécheurs. Nous fêtons aujourd’hui la création de notre Eglise diocésaine il y a 40 ans, et c’est une belle coïncidence avec l’évangile de Zachée. Il nous faut retrouver dans l’Eglise ce sens de la communauté où les pauvres ont la 1° place, ce sens de la fraternité : c’est ce mot de « fraternité » par lequel les premiers chrétiens appelaient l’Eglise, et c’est ce mot qui a été retenu pour fêter les 40 ans de notre Eglise en avril prochain : « Fraternité en rêve ». Si nous pouvions passer du rêve à la réalité !

Mais si Dieu s’invite chez nous, il nous donnera son Esprit pour servir les pauvres et grandir en vie fraternelle, dans une Eglise où chacun se sente accueilli, aimé, regardé comme Jésus l’a fait dans la maison de Zachée.

Frère Basile