18° Dimanche Ord C

L-homme-insenseQohèleth 1,2 + 2, 21-23 / ps 89
Colossiens 3, 1-5 + 9-11
Luc 12, 13-21

Frères et Sœurs, rien de nouveau sous le soleil ! les histoires d’héritage, les brouilles familiales, on connaît ! mais il y a beaucoup plus dans les 3 lectures que nous venons d’entendre, car elles ont une force de frappe indéniable dans le monde d’aujourd’hui.

Elles remettent en question le sens de notre vie, le culte de l’argent et notre attachement aux biens de ce monde : et cela ne va pas dans le sens de la publicité ou des clips sur internet. « La vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède ! » Cela devrait nous faire réfléchir, mais aussi nous réjouir, car l’accent est mis dans ces textes sur l’essentiel, sur ce qui compte vraiment, sur ce qui ne pourra pas nous être enlevé : l’être vaut tellement plus que l’avoir.

Reprenons simplement quelques unes des paroles entendues ce matin. Et tout d’abord le « Vanité des vanités » qui revient comme un refrain dans le petit livre de Qohèleth. Il y a sans doute là plus que des réflexions amères ou désabusées d’un homme fortuné, arrivé au terme de sa vie. Il a réussi ! mais à quoi cela lui servira-t-il ? C’est un propos de sagesse, mais combien provoquant et subtil, et toujours actuel : je l’ai entendu dans la bouche de personnes qui tombent malades juste au moment de la retraite ! « Que reste-t-il à l’homme de toute la peine et de tous les calculs pour lesquels il se fatigue sous le soleil ? »

Il existe un commentaire juif de ce passage que je trouve éclairant ; il dit : « Tout est vanité si l’on reste sous le soleil », c’est-à-dire si l’on reste dans le seul horizon terrestre, sans lien vivant avec Dieu et sa parole, sans aller au-dessus du soleil. On voit bien que le propriétaire de la parabole et ceux qui se disputent l’héritage restent sous le soleil.

Et que lui répond Jésus ? « Tu es fou : cette nuit-même, on te redemande ta vie. Et ce que tu auras mis de côté, qui l’aura ? » Ce que Jésus veut nous dire, c’est que notre vie vaut bien davantage que nos richesses ; en devenant chrétien par le baptême, nous devenons citoyens du ciel, nous sommes faits pour l’éternité, pour vivre avec le Christ ressuscité. Et Paul le dit très bien dans la 2° lecture : « Recherchez les réalités d’en haut, non pas celles de la terre. » Pourtant il ne s’agit pas de se réfugier dans un spiritualisme désincarné ou de fuir le réel et les plaisirs de la vie, ce que l’on a souvent reproché à la religion chrétienne.

Comment faire la part des choses, garder les pieds sur terre et la tête au-dessus du soleil ? Il y a quelques années, l’homéliste avait cité Jean Sulivan, plusieurs d’entre vous s’en souviennent peut-être , et ce texte répond si bien aux lectures d’aujourd’hui : en voici quelques phrases : « On nous a mis dans la tête que le but de la vie, c’est de réussir en gagnant beaucoup d’argent, en acquérant du prestige. Quelle puérilité ! Or le plus grand service que nous puissions rendre à la société, ce n’est pas de réussir ou d’acquérir de la considération, c’est devenir libres et joyeux. L’homme de ce temps a besoin de se désencombrer d’informations, de télés, pour retrouver une vie intérieure, pour sortir du sous-développement spirituel ! » Et il ajoute : « Il importe de savoir qu’il ne suffit pas de croire ceci ou cela mais que la vie spirituelle commence dans le corps, avec les pas, avec les yeux, et tous les gestes de la vie ! »

Ces derniers mots sont importants : et pour les sessionnistes de la Beucinière qui ont réfléchi cette semaine sur le sourire intérieur, j’ajouterai : la vie spirituelle commence avec le sourire. Oui, elle commence par ces petits gestes qui sont presque rien, mais qui laissent passer la lumière de Dieu, comme un éclair d’infini dans notre finitude. C’est peut-être cela, être riche en vue de Dieu. Et c’est de l’ordre du gratuit : rien à voir avec cette soif de posséder que dénonce Paul.

Quand Paul insiste : « Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre », il ne nie en rien la valeur de notre vie présente, puisque c’est en elle, par elle que nous nous préparons à notre vie d’éternité, et il montre bien que ce sont les passions et le péché qui nous empêchent d’entrer dans une relation juste avec les autres et d’accéder à notre pleine humanité.

Rien de nouveau sous le soleil ? Si, il y a du nouveau au-dessus du soleil, parce que le Christ est ressuscité et que nous avons pu nous débarrasser de l’homme ancien au cœur fermé pour revêtir l’homme nouveau qui s’ouvre sans cesse à son Créateur et à tous les hommes, ses frères, car tous nous aurons part au même héritage, dont nous ne risquons pas d’être dépossédés, puisque cet héritage, c’est Dieu lui-même.

Frère Basile