16° Dimanche ordinaire année C

marthe et marieGenèse 18, 1-10 / ps 14
Colossiens 1, 24-28 /
Luc 10, 38-42

Dans notre monde tourmenté, nous pouvons être tentés de suspecter la joie. Comme une désertion, une trahison de tant de souffrances, cachées ou non. Mais que serait une souffrance qui, en nous ensevelissant en nous-même, exclurait toute joie ? Et que serait une joie qui ne résisterait pas à l’épreuve de la souffrance ?

Notre seconde lecture, extraite de la lettre aux Colossiens, peut nous aider à résister au soupçon porté sur la joie. Paul nous dit : « Maintenant, je trouve la joie dans les souffrances que je supporte pour vous. Ce qui reste à souffrir des souf¬frances du Christ dans ma propre chair, je l’accomplis pour son corps qui est l’Eglise ».

Paul ne fait pas l’apologie de la souffrance. Il parle d’une souffrance qui n’exclut pas une joie habitée par une présence. Présence de ceux et celles avec qui Paul est en relation. Présence du Christ, pour qui Paul accepte de souffrir, afin d’accomplir sa mission.

Et nous, qu’est-ce qui nous permet de cheminer dans une telle expérience ? L’écoute de la Parole de Dieu, annoncée par Paul. La connaissance du « mystère ». C’est-à-dire la révélation du dessein de salut de Dieu, et l’amour que cette révélation suscite en nous. Un salut que Paul résume en ces mots : « le Christ parmi nous, l’espérance de la gloire ».

Mais quelle est cette espérance qui dépasse tout ce que nous pouvons penser ou réaliser ? Quelle est cette « perfection dans le Christ » à laquelle Dieu nous conduit pas à pas ? Nos deux autres lectures nous invitent à penser cette espérance en termes d’hospitalité.

L’hospitalité, c’est le don et l’accueil d’une présence. C’est vrai de l’hospitalité d’Abraham, envers les trois voyageurs. C’est vrai de l’hospitalité de Marthe et Marie, envers Jésus de Nazareth.

Abraham se hâte de faire tout ce qu’il faut, pour honorer ses hôtes. Puis il se tient debout près d’eux, pour répondre à leur question et écouter ce qu’ils ont à lui dire.

De même, Marthe assure l’intendance, pour honorer son hôte. Ce n’est pas celqui lui est reproché, mais son agitation, qui l’empêche de prendre le temps d’écouter la Parole, comme l’a fait sa sœur, comme Abraham l’avait fait avec les trois voyageurs. Marthe s’interpose entre Jésus et sa sœur, reproche à Jésus de la laisser seule, au lieu de faire ce qui s’imposait dans l’esprit et l’attitude de Marie.

Oui, l’hospitalité c’est le don et l’accueil d’une présence. Une relation personnelle qui dit une vraie proximité. Proximité vécue par ceux et celles qui accueillent les migrants, comme nos frères et sœurs en humanité.

Cette relation de personne à personne n’exclut pas, mais appelle au contraire, l’accueil de la culture des migrants. Comme elle appelle l’accueil de notre culture sécularisée qu’il ne faut surtout pas diaboliser.

En ce sens, annoncer l’évangile, c’est faire œuvre d’hospi¬talité. Sur les traces des rencontres de Jésus de Nazareth. Sur les traces de ceux et celles qui ont tenté d’incarner la foi dans la culture de leur temps, pour permettre à leurs contemporains d’accéder à la foi chrétienne… Cette hospitalité a les pro¬messes de la vie éternelle. Car nous sommes tous appelés à nous accueillir mutuellement dans le monde à venir.

Que l’Esprit Saint nous donne de goûter sa joie, malgré les épreuves inévitables. Et qu’il fasse de nos rencontres des espaces d’hospitalité, donnée et reçue. Pour notre joie. Pour la joie de notre Dieu qui nous accueillera, auprès du Christ, dans son Royaume, après avoir effacé toutes larmes de nos yeux. Amen !