7° Dimanche ordinaire année C

la discordeSamuel 26, 2…23 / ps 102
Cor 15, 45-49
Luc 6, 27-38

Dès le début de notre évangile, le Christ s’adresse directement à nous, qui sommes ses disciples : « Je vous le dis, à vous qui m’écoutez : aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent »… Dit ainsi, comme un principe universel qui ne souffre aucune exception, ce commandement ne se trouve que dans nos évangiles. Mais tous pourraient y reconnaître un principe fondateur de l’humain.

Le Christ cite ensuite la règle d’or. Non dans sa formulation négative, la plus courante : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse ». Mais dans sa formulation positive, plus exigeante : « Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux ». Cette règle se trouve dans presque toutes les cultures et appartient à la sagesse des nations.

Le Christ part ainsi de l’humain, et en appelle à notre expérience. Car nous le savons par expérience. La haine détruit tout sur son passage, en nous et autour de nous. La violence déchaine la violence. Après deux guerres mondiales et tant de génocides, nous oublions souvent que la haine ne fait que des ravages. Car toute génération nouvelle est un nouveau continent à humaniser et à évangéliser.

Pour le Christ, la vérité de l’humain est donc au cœur de sa mission. Pour lui, aucune situation n’est irrémédiable, car nos personnes ne se réduisent jamais à ce que nous avons dit ou fait. Il y a toujours une espérance, surtout si les conflits portent sur des points précis, et ne se dégradent pas en conflits de personnes.

Vers la fin de notre évangile, le Christ n’en proclame pas moins que la vérité de l’humain s’enracine dans la vérité de Dieu. « Aimez vos ennemis… et vous serez les fils du Très Haut, car lui il est bon pour les ingrats et les méchants. Soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux. Pardonnez, et vous serez pardonnés ».

Ce que nous dit le Christ, ce que la sagesse des nations peut entrevoir, c’est que pour faire barrage à la radicalité du mal, qui défigure le monde et nous traverse de part en part, le refus de la haine reste insuffisant. Pas d’autre solution que la folie de l’amour.

Dieu est humain, rien d’humain ne lui est étranger. C’est nous qui sommes souvent inhumains, qui avons besoin de nous convertir à la folie de la croix. Car la mesure dont nous nous servons pour les autres servira aussi de mesure pour nous. D’autant plus que Dieu rêve pour nous de cette « mesure bien pleine, secouée, débordante », à la mesure sans mesure de son immense bonté. Dieu est notre Père, nous sommes ses enfants. Seul son amour peut nous permettre d’aimer chacun comme un frère ou une sœur. Si nous accueillons Dieu, il sera lui-même notre immense récompense.

Terminons par une question. Aimer nos ennemis, sans limite, sans restriction, sans condition, est-ce possible ? Ce n’est pas encore en notre pouvoir ! Il n’est pas si facile d’aimer ceux et celles qui nous aiment. Mais Dieu nous appelle à aimer comme il aime, à pardonner comme il pardonne, à voir les autres comme il les voit. Et lorsqu’il nous dit : « Tu aimeras », c’est aussi une promesse, et pas seulement une exigence. Sa réalisation peut nous demander beaucoup temps. Mais Dieu est patient. Sans cesse, il nous travaille par son Esprit, en séparant en nous la lumière des ténèbres.

A nous de résister au mal, avec Dieu et pour Dieu. Mais notre victoire contre le mal ne sera définitive que lorsque nous serons réunis dans le monde à venir. Alors nous n’aurons plus d’ennemi, car l’amour de l’ennemi aura porté son fruit. Alors il n’y aura plus rien à pardonner, car ce sera fait une fois pour toutes. Que cette immense espérance nous permette de vivre autrement, dans les difficultés de l’existence ! Amen

Frère Alain