3° Dimanche de Carême année C

DSC_0091[1]Exode 3, 1…15 / ps 102
1 Cor 10, 1-6 + 10-12
Luc 13, 1-9

Qui es-tu, toi notre Dieu ? Qui sommes-nous ? Tu nous le dis aujourd’hui par notre 1ere lecture, tirée du livre de l’Exode,

Qui es-tu ? Tu es celui qui éveille l’attention de Moïse par un signe insolite, un buisson qui brûle sans se consumer.

Tu es celui qui prend l’initiative de parler personnellement à Moïse, du milieu du buisson en feu, en l’appelant par son nom : « Moïse, Moïse ».

Tu es celui qui se révèle comme le Dieu de l’alliance. « Je suis le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ». Tu t’engages personnellement, comme partenaire d’une alliance que rien ne pourra remettre en question.

Tu es celui qui vient libérer ton peuple de l’esclavage. « J’ai vu la misère de mon peuple. J’ai entendu ses cris. Je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer ». Tu n’interviens qu’après t’être laissé toucher, bouleverser, émouvoir, saisir aux entrailles, devant l’intolérable dont nous sommes capables.

Tu es celui qui envoie Moïse : « Va ! Je t’envoie vers Pharaon, tu feras sortir d’Egypte mon peuple ». Quand tu dis « Je », ce n’est pas pour t’affirmer. C’est parce que tu as besoin de Moïse pour ton œuvre libératrice. Car la vocation de Moïse est inséparable de sa mission, clairement située dans l’espace et le temps.

Moïse ne se dérobe pas : « J’irai donc trouver les fils d’Israël ». Mais Moise a besoin de connaître ton nom. Ta réponse : « Je suis qui je suis », peut aussi se traduire : « Je serai qui je serai ». Car la grammaire hébreu ne distingue pas le passé, le présent et le futur, mais distingue l’accompli (déjà réalisé) et l’inaccompli (encore en voie de réalisation).

Ton nom (« Je serai qui je serai ») ne dit pas seulement qui tu étais pour Abraham, qui tu es pour Moïse. Ton nom dit surtout qui tu seras, quand tu marcheras avec ton peuple. C’est alors qu’il découvrira qui tu es. Car, tu ne te laisses pas enfermer dans un savoir aseptisé, acquis une fois pour toutes. Tu ne peux te dévoiler que dans la durée, l’accompli et l’inaccompli, le déjà et le pas encore.

Ce que révèle ce passage du livre de l’Exode, le NT l’exprime avec une radicalité indépassable. « Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob », tu es aussi « le Père de NSJC ». Tu n’ignores rien de nos désirs, de nos combats. Tu nous parles de personne à personne. Dieu de tendresse, doué d’une grande sensibilité, tu n’agis pas sans t’engager totalement, quoi qu’il puisse t’en coûter. Jusqu’à la passion et à la mort de ton Fils bien aimé.

Qui sommes-nous ? Des partenaires de ton alliance, inscrite au cœur de notre identité de croyant. Nous voici donc appelés à agir comme tu agis, toi notre Dieu. Non par volontarisme. Mais en nous laissant émouvoir par les situations de détresse qui nous sautent au visage.

Dans cette alliance, tu nous surprendras toujours. Nous ne pouvons t’accueillir qu’en nous laissant saisir, fasciner par toi. En nous ajustant à tes projets, quand tu as besoin de nous. Notre vocation, notre mission, c’est de te chercher pour te trouver, et de te trouver pour te chercher encore, autrement, plus avant, au cœur des relations humaines.

Qui es-tu ? Qui sommes-nous ? Tu es « tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour ». Tu réprouves l’injustice, car tu nous aimes avec passion. Tu désires notre amour, nous attend, nous espère. Tu en appelles à notre liberté, conscient de notre fragilité, mais dans une fidélité qui ne se démentira jamais.

Mais nous, nous peinons à le percevoir. N’attendons pas de tout comprendre, avant de nous lancer sur la route. Car tu ne livres ton secret qu’à ceux et celles qui empruntent tes chemins. Cheminons dans les déserts de nos exodes. Un jour tu transfigureras tous nos sentiers.

Frère Alain