1° Dimanche Carême C

prierDeutéronome 26, 4-10
ps 90 / Romains 10, 8-13
Luc 4, 1-13

Frères & Sœurs, cet évangile de la tentation du Christ est toujours surprenant : Jésus tenté au désert par le diable et pourtant il n’y avait aucun témoin pour le raconter ; c’est comme s’il s’agissait plutôt d’un combat intérieur. Mais qu’il y ait combat intérieur ou extérieur, l’Adversaire est là, redoutable parce qu’il sait s’y prendre pour nous tenter de sa voix persuasive. Le diable est-il une personne ? On a cherché à le représenter, mais il reste invisible ; c’est surtout une voix, Jésus va lui répondre et le démasquer.

Ce combat nous intéresse, et s’il est ainsi décrit dans l’Evangile sous la forme de trois tentations, c’est bien parce que nous pouvons nous aussi être tentés par le diable, de bien des manières. Dans un commentaire sur les Psaumes, saint Augustin nous dit : « Dans le Christ, c’est toi qui étais tenté, car le Christ avait pris de toi sa chair pour te donner son salut, il avait pris de toi sa mort pour te donner sa vie, de toi aussi les tentations pour te donner sa victoire. »

Comprenons-le bien : c’est pour nous, les hommes, que Jésus se livre à la tentation comme plus tard, pour nous toujours, il se livrera à la mort. En cela, il assume toute l’histoire du peuple d’Israël qui fut tenté dans sa marche au désert durant quarante ans. Il la recommence pour ainsi dire, et quand Jésus sort victorieux de ces 3 tentations, c’est pour son peuple et pour tous les hommes qu’il remporte cette victoire.

L’Evangile nous présente ces tentations de manière progressive ; c’est d’abord la faim, relation de l’homme avec lui-même, puis dans un second temps le pouvoir, relation de l’homme avec le monde, avec les autres, enfin la mise à l’épreuve de Dieu lui-même, l’homme dans sa relation avec Dieu. Ce qui est très beau, c’est de voir chaque fois la Parole de Dieu comme la force unique sur laquelle Jésus s’appuie pour vaincre la tentation. Cela aussi doit nous parler.

La force de Jésus n’est pas une force écrasante ; il se présente les mains nues, sans provisions, sans défense : on pourrait dire aujourd’hui, sans GPS, sans tablette ou téléphone portable ; Jésus n’a d’autre arme que la Parole de Dieu dont il se nourrit. Sa force à lui, est marquée par nos faiblesses ; c’est bien un homme comme nous, il n’est pas héroïque, il a souffert de la faim ; lui qui fera tant de miracles, il aurait pu jouer la carte médiatique, celle du succès et des honneurs, celle du pouvoir ! Mais non, seule compte pour lui la fidélité à son Père, une obéissance amoureuse à sa Parole dans une confiance qui ne sera jamais trompée.

Qu’allons-nous retenir de la Parole aujourd’hui ? Il faudrait prendre le temps d’y confronter notre vie. Faire attention que nous pouvons la déformer, vous avez remarqué que dans la 3° tentation, le diable, qui est malin, se sert aussi de la Parole de Dieu pour la falsifier, pour lui faire dire autre chose. Il est le Menteur. C’est un bon publicitaire pour présenter les choses autrement et mettre en doute notre confiance en Dieu.

C’est bien notre relation à Dieu qui est en cause et c’est toute une histoire qui remonte loin dans notre vie. La foi, nous l’avons reçue avec une certaine image de Dieu, à travers nos parents ou telle ou telle rencontre qui a changé notre vie. On peut dire aussi que notre relation à Dieu, c’est l’histoire d’une confiance donnée, perdue par le péché d’orgueil ou d’indifférence, puis retrouvée. Et on peut la perdre plusieurs fois, mais la retrouver toujours plus forte grâce à la Parole de Dieu.

Cette Parole, adressée à l’homme tout au long de la Bible et pleinement révélée en Jésus Christ, il faut qu’un jour ou l’autre dans notre vie, nous l’entendions personnellement comme un appel, comme une ‘lettre d’amour’, disait Kierkegaard, comme une musique familière gravée dans notre mémoire et que nous ne pourrons plus oublier. Que nous dit Paul aujourd’hui dans la 2° lecture ? « La Parole est tout près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur. »

Et le diable, le menteur, va mettre en doute cette parole. C’est bien ce qui s’est passé tout au début de la Genèse, quand le Serpent répond à Eve : « Dieu n’a pas dit cela, mais, mais…etc » La foi dans la Parole de Dieu, notre foi en Jésus Christ mort et ressuscité, lui qui est la Parole vivante de Dieu, notre foi est long chemin de confiance à reprendre sans cesse, dans une Eglise qui parfois nous déçoit ou ne répond plus à notre attente. Qui d’entre nous n’a pas connu ce combat à l’intérieur de son cœur, là où s’affrontent les 2 Esprits, celui du mal et celui de Dieu, comme le dit si bien Ignace de Loyola dans les Exercices spirituels.

Gardons cette confiance : pour moi, je la retrouve dans les Psaumes qui sont le cœur de notre prière monastique. Voyez le psaume 90, que le diable cite de travers pour faire tomber Jésus. Tout à la fin du psaume, c’est Dieu lui-même qui parle : « Puisqu’il s’attache à moi, je le délivre ; il m’appelle et moi je lui réponds : je suis avec lui dans son épreuve. »

Reste avec nous, Seigneur, dans toutes nos tentations, dans toutes nos épreuves, et nous pourrons te rendre grâce comme nous allons le faire dans cette eucharistie.

Frère Basile