Jour de l’Epiphanie

epiphanie19Esaïe 60, 1-6 / ps 71
Ephésiens 3,
Matthieu 2, 1-12

Frères & Sœurs, l’Epiphanie, c’est comme une première Pentecôte juste après Noël, une fête où Dieu se manifeste non pas aux plus proches, mais à ceux qui sont loin : car les mages représentent ici tous les peuples du monde. Autant Noël est une fête cachée dans la nuit, autant à l’Epiphanie, l’étoile brille dans le ciel, il fait grand jour, la lumière éclate pour le monde entier.

C’est merveilleux comme les fêtes de la liturgie chrétienne s’appellent l’une, l’autre avec plein d’interférences entre elles : ainsi Pâques et Pentecôte : à Pâques, c’est le tombeau vide, les disciples enfermés au cénacle ; à Pentecôte tout éclate, la bonne nouvelle du Christ ressuscité est transmise désormais dans toutes les langues ; c’est comme un feu qui va embraser la terre.

L’Epiphanie, c’est le mystère du Christ déjà révélé aux païens, première pentecôte, même si dans cet Evangile l’Esprit Saint n’est pas mentionné : un message destiné à toutes les nations. Et Paul, dans la lettre aux Ephésiens, trouve cela prodigieux. Ouverture maximum de l’Evangile que nous avons du mal à réaliser ; c’est bien plus qu’une mondialisation qui pour nous a souvent des aspects négatifs. Comment les Eglises chrétiennes vont-elles vivre cette ouverture dans les années qui viennent ? N’avons-nous pas perdu la flamme missionnaire ?

Il y a quelques années, le Père Bruno Chenu, décédé trop tôt, s’interrogeait : l’Asie sera-t-elle un jour chrétienne ? Et c’est vrai qu’à vue humaine, on pourrait en douter : plus de 3 milliards d’asiatiques et seulement 150 millions de chrétiens. Pourtant les chrétiens sont de plus en plus nombreux en Chine, même si l’Eglise y est encore considérée comme une étrangère. Je suis sûr qu’en ce domaine l’Esprit Saint nous réserve des surprises, aussi l’aventure des mages garde tout son sens.

Dans l’Evangile de Matthieu, qui se termine par l’envoi du Christ : « De toutes les nations faites des disciples »

il y a, dès le début, cette ouverture à l’universel : les mages venus d’Orient représentent toute l’ humanité en quête de Dieu, ce Dieu qui appelle tout homme, toute femme, quelle que soit sa race, son origine, la religion du pays où il est né. Et voyez quelle liberté dans l’attitude des mages ! Ils ne sont pas revenus à Jérusalem pour se convertir au Dieu unique ou pour se faire circoncire, on nous dit seulement qu’ils sont repartis par un autre chemin.

Mais qu’est-ce qui a changé dans le cœur des mages ? Là, je voudrais souligner leur geste d’adoration : devant ce petit enfant avec Marie sa mère, ils se prosternent en silence et ils donnent tout ce qu’ils ont apporté : adoration et offrande, c’est toute une attitude intérieure qui nous est proposée. A travers l’enfant ils ont été saisis au plus profond de leur être : rencontre de Dieu, moment de joie et de lumière intense ! Ils ont reçu bien plus qu’ils n’ont donné.

Cela peut nous interroger dans la manière dont nous nous comportons avec Dieu : on veut bien donner quelque chose à Dieu, on n’arrive pas les mains vides devant le Seigneur, oui mais trop souvent c’est donnant-donnant : je veux bien faire ma prière, m’efforcer d’aider les autres, mais en échange, Seigneur, il faut que tu me donnes ceci, que tu m’accordes cela, et la santé bien sûr ! On glisse alors vers une religion du mérite et de la récompense, alors qu’avec Dieu nous sommes dans l’ordre de la grâce, de la gratuité.

Qu’est-ce que Dieu nous demande ? De lui offrir, pas seulement ce que nous avons, mais ce que nous sommes : l’offrande du cœur. Qu’est-ce qui est précieux pour Dieu ? Ce ne sont pas nos richesses, mais plutôt nos pauvretés ; ce ne sont pas nos réserves d’or ou d’argent. Comme le disait le diacre st Laurent, le trésor de l’Eglise, ce sont les pauvres. Sommé par l’empereur de lui apporter les vases sacrés de l’autel, il est venu avec les pauvres.

J’aimerais faire le lien avec les mages, en vous citant l’histoire du 4° mage : çà ne se trouve pas dans l’évangile, mais c’est bien dans l’esprit de l’évangile. Le récit de st Matthieu ne nous précise pas le nombre des mages, c’est plus tard qu’on a pensé qu’ils étaient 3 et qu’on leur a donné un nom : Melchior, Gaspard et Balthasar.

Dans ce conte, il nous est dit qu’ils étaient non pas 3, mais 4, et le 4° mage n’est jamais arrivé jusqu’à Bethléem. Pourquoi ? Parce qu’il avait un cœur d’or et distribuait tous ses cadeaux aux pauvres qu’il croisait sur sa route. En arrivant à Jérusalem bien après les autres, il pensa qu’il ne pouvait pas aller honorer Jésus les mains vides puisqu’il avait donné tous ses présents ; il rentra donc dans son pays. On pose alors la question à Marie ; elle savait qu’ils étaient 4 et elle répond à ceux qui l’interrogent : « C’est lui pourtant qui a offert à Jésus le plus beau des cadeaux en les donnant aux pauvres. Allez et faites de même ! »

Cette rencontre de Dieu à travers l’enfant, à travers le pauvre a changé le cœur des mages et leur a permis d’aller plus loin. La rencontre de Dieu pour nous aujourd’hui, se fait à travers celle du pauvre, du migrant ou de la personne handicapée. Comment va-t-elle changer notre vie ? Ouvrons notre cœur à la gratuité de Dieu et rendons-lui grâce pour tout ce que nous recevons de lui, pour ce 5° frère qui vient d’arriver à Chauveroche, pour cette eucharistie où il se donne lui-même à nous

Frère Basile