Nuit de NOEL 2018

imagesFMQCFQK6Esaïe 9, 1-6 / ps 95
Tite 2, 11-14
Luc 2, 1-14

Frères & Soeurs, comme les bergers dans la nuit, vous êtes venus célébrer Noël avec nous, et peut-être vous vous êtes posé la question : dans le monde d’aujourd’hui, si bouleversé par les guerres et les conflits, les tsunamis, dans notre monde si marqué par la misère, par ceux qui n’ont plus rien, et par cet écart de plus en plus scandaleux entre les riches et les pauvres, et puis d’un autre côté, au milieu de cette indifférence générale par rapport à la foi, quel sens peut bien avoir la fête de Noël ?
Et avons-nous le droit de la célébrer le cœur tranquille bien au chaud sans nous occuper de ceux qui ont froid dans la nuit, de ceux qui ne trouvent ni logement, ni travail, qui se sentent rejetés ou mal accueillis ?

Parmi les textes qui circulent dans les journaux ou sur les réseaux sociaux, j’ai été frappé par celui d’un ancien évêque qui a toujours été sensible au cri des pauvres et qui se demandait comment accueillir la révolte des gilets jaunes : « Devant cette insurrection des fins de mois que nous connaissons, l’Eglise en France devrait dire qu’on ne fêtera pas Noël cette année. …Elle dira que notre peuple n’est pas dans un état d’esprit qui lui permet de fêter Noël. Le cri de désespoir qui le traverse est incompatible avec le mystère de Noël, avec l’espérance de l’Avent, avec l’accueil d’un enfant étranger. » Vous me direz qu’il exagère, mais s’il parle ainsi, c’est pour nous faire réagir, pour éveiller notre conscience, et d’ailleurs il s’explique ensuite. Pour ma part, j’ai envie de lui répondre qu’il est plus nécessaire que jamais de fêter Noël cette année et de réaffirmer notre espérance chrétienne du Règne de Dieu. Encore ne faut-il pas se tromper sur le sens de Noël et ne pas en rester au réveillon et aux cadeaux. Le vrai cadeau de Noël, c’est cet enfant que Dieu nous donne pour sauver le monde et qui veut naître cette nuit en chacun de nous.

Il nous faut alors relire autrement le récit de st Luc dans l’évangile. Ce n’est pas du folklore, ce n’est pas la crèche telle qu’on l’imagine avec tous nos souvenirs d’enfant. Quand Dieu naît parmi les hommes, il entre vraiment dans notre condition humaine de pauvreté, de fragilité, de précarité : pas de place pour eux dans la salle commune, et l’enfant naît dans une étable, on le couche dans une mangeoire d’animaux. Par là même, Dieu se met du côté des pauvres. Mais st Luc nous montre aussi combien les pauvres sont capables d’accueillir la bonne nouvelle de cet enfant, et il y a un passage de l’ordinaire à l’extraordinaire qui se fait presque naturellement. Avant le chant des anges, il y a l’annonce claire de l’événement : « Il vous est né aujourd’hui un Sauveur : il est le Christ, le Seigneur. » Luc emploie le mot de Seigneur, réservé dans la Bible pour parler d’un roi ou de Dieu lui-même ; or c’est le mot préféré de Luc pour parler de Jésus ressuscité. Celui qui naît aujourd’hui, l’enfant de Bethléem, le Prince de la Paix, c’est celui qui va mourir sur la croix et que le Père va ressusciter. Voilà l’espérance de Noël qui s’ouvre aujourd’hui pour toute l’humanité. Il ne faut pas en rester à l’enfant Jésus dans la crèche, il faut aller plus loin. Alors nous pourrons fêter Noël avec les réfugiés et les migrants d’aujourd’hui, sans en avoir peur, non pas en nous repliant sur nous-mêmes, mais en ouvrant autant qu’il est possible nos maisons et nos cœurs.

Il est bon de nous poser la question : de quoi avons-nous vraiment besoin aujourd’hui ? Non pas de confort ou de sécurité, mais de partage et de solidarité ; nous avons surtout besoin d’aimer et d’être aimé, et ce sont nos relations humaines qu’il faut soigner.

Il y a un choix à faire, un choix de l’essentiel, qui se situe du côté de l’être et non pas de l’avoir. Il ne s’agit pas de tout demander. Lorsque j’étais enfant, c’était au temps de la guerre, une orange, reçue à Noël, nous suffisait pour être heureux. Les temps ont changé, mais ne tombons pas dans l’autre excès, où l’enfant va demander toujours plus et un jour il sera frustré. Mais s’il apprend à partager, alors il va retrouver la joie de Noël qui naît de ces petits gestes de fraternité et de communion.

Si nous regardons vers l’enfant qui naît pauvre dans la nuit de Bethléem comme l’ont fait les bergers, il peut nous apprendre la simplicité, la joie de vivre et de partager, et bien d’autres choses encore.

Comment vivre Noël aujourd’hui et quelle peut être notre espérance ? J’aimerais citer la parole de notre évêque qui nous a visités dimanche et nous a invités à ajuster nos besoins, à ne pas nous contenter d’une espérance courte, à nous ouvrir à l’inattendu de Dieu. « Serons-nous suffisamment libres pour oser avancer avec nos fragilités sur des chemins nouveaux et inédits ? Aurons-nous trouvé entre nous les chemins de la fraternité reçue du Seigneur, accueillant avec miséricorde les faiblesses de chacun ? Dieu nous invite à lâcher prise pour nous ouvrir à l’avenir qu’il nous offre, un avenir à aimer. » Oui, que Noël soit pour vous, frères et sœurs, un vrai signe d’espérance et de fraternité.