2° Dimanche de l’Avent année C

StJeanBaptBaruc 5, 1-9 / ps 125
Philippiens 1, 4-6 + 8-11
Luc 3, 1-6

Nous vivons dans un monde passionnant, dont l’histoire s’accélère sans cesse. Pourtant, nous ne savons plus où nous allons, mais nous y allons de plus en plus vite, non sans violence. Dans les incertitudes du présent, l’espérance ne va pas de soi. Même les Eglises risquent de se replier sur elles-mêmes, comme si la fidélité de Dieu était prise en défaut.

C’est le moment ou jamais d’entrer dans le dynamisme de l’avent et sa pédagogie de l’espérance. Laissons-nous guider par notre première lecture, le poème de Baruc qui fait écho aux prophéties d’Isaïe, citées dans l’évangile de ce dimanche.

L’auteur de ce poème vit au second siècle avant le Christ, alors qu’Israël risque d’être anéanti. Mais, comme les prophètes de jadis, Baruc se situe à contre-courant. Son poème sonne comme un chant triomphal, bien qu’il s’adresse à des juifs croyants en danger de mort. Il les invite à se réjouir, alors que, dans leur détresse, ils sont au bord du désespoir.

Baruc, lui, se réfère au temps lointain de la déportation des juifs à Babylone. Dieu n’était pas absent. Il n’avait pas oublié sa promesse ! De fait, l’exil n’a eu qu’un temps. Dieu a sauvé son peuple de l’exil, il le sauvera de la persécution qui menace de l’anéantir, fut-ce au prix du sang des martyrs. D’où ces paroles fortes, tissées de citations d’Isaïe qui annonçaient par avance le retour d’exil : « Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère, et revêts la parure de la gloire de Dieu, pour toujours ».

Nous aussi, nous cheminons parmi bien des épreuves. Mais nous avons aussi derrière nous des expériences de libération. Et nous savons par expérience, qu’après avoir surmonté une épreuve, nous sommes plus forts pour affronter l’épreuve suivante, sur nos chemins de petites morts et de petite résurrection. Car si Dieu nous a sauvés de telle ou telle épreuve, il nous sauvera de celles qui peuvent nous atteindre encore, et cette certitude est notre joie.

Nous avons devant nous, une immense espérance. Dieu prend en main notre avenir. Il veut nous envelopper dans le manteau de sa justice, déployer en nous sa splendeur, car il désire notre bonheur. Il mènera à son terme la grande aventure de la création. Tous étant appelés à aimer avec tendresse, à jouir du salut, dans la « Jérusalem nouvelle », chantée par l’Apocalypse.

Notre première lecture nous met ainsi dans le droit fil de l’avent qui ne vient pas buter sur noël, comme si, devant la crèche, tout était déjà accompli. Le mystère de noël n’est qu’une étape, décisive bien sûr. Une étape qui pointe sur le mystère pascal, promesse du monde à venir. Alors, « tout être vivant verra le salut de Dieu ». C’est du moins notre espérance.

Portés par l’espérance d’Israël, forts de l’espérance fondée sur le Christ ressuscité, nous pouvons mieux gérer nos souffrances présentes. Dieu nous accompagne, dans nos exils et nos errances. Il nous redit sans cesse : « Je serai toujours avec toi ». Il poursuivra en nous son travail, aplanira devant nous son chemin, pour que nous puissions cheminer en sécurité, et préparer pour d’autres ses sentiers. Quelles que soient nos détresses ou les drames de nos Eglises, chaque heure qui passe nous rapproche du but.

Vivre l’avent, ce n’est donc pas seulement préparer noël, comme le disait F Basile, dimanche dernier. Vivre l’avent, c’est attendre dans la joie, et célébrer par avance, la venue définitive de Dieu en notre monde. Il vient. Un jour, il sera là.

Solidaires de ce monde où grandissent la peur et la défiance, mais libérés par toi de la hantise du mal, donne-nous de savoir toujours cheminer, rebondir. Et que le bonheur promis reflue déjà sur nos parcours d’homme ou de femme, pour que nous soyons de vrais témoins du Royaume qui vient, en agissant en conséquence.

Frère Alain