21° dimanche ord B

esprSeigneu.jpegJosué 24, 1…18 / ps 33
Ephésiens 5, 21-32
Jean 6, 60-69

Frères et Sœurs, laissons-nous atteindre par la question de Jésus : « Voulez-vous partir vous aussi ? » Le Christ la pose à chacun d’entre nous, dans le concret de nos vies, de nos engagements, de nos histoires familiales. « Est-ce que je peux encore compter sur toi ? » « Vas-tu me laisser tomber ? » Dans cette question, c’est la fidélité qui est en jeu, et derrière la fidélité, il y a la parole donnée, la foi, l’amour.

Il nous faut d’abord resituer cette parole dans son contexte. Nous sommes à la fin du chapitre 6 de l’évangile de Jean, au cours duquel un drame se joue. Cela avait si bien commencé au bord du lac avec ce grand signe messianique de la multiplication des pains, mais Jésus s’est rendu compte que les gens n’avaient pas compris la portée de son geste, et il va leur parler longuement dans la synagogue de Capharnaüm ; il donne tout un enseignement sur la parole et le pain de vie, sur la faim essentielle, non pas de la nourriture qui se perd, mais de celle qui donne la vie éternelle ; mais lorsqu’il va parler de sa chair donnée en nourriture, de son sang donné comme boisson, cela ne passe plus, et il se produit un mouvement dans la foule : ceux qui se détachent du groupe, essayant d’entraîner les autres, avec des petites phrases du genre : « Mais il est fou, ce type-là ! vous n’allez pas continuer à l’écouter ! »

Jésus s’en rend parfaitement compte et il leur dit : « Cela vous scandalise ». alors il fait appel à leur foi, sachant qu’il y en a qui ne croient pas. Enfin il se tourne vers les Douze et leur pose la question: « Voulez-vous partir vous aussi ? » J’aime ce « voulez-vous », car Jésus ne force personne à le suivre, et j’aime la réponse de Pierre, en forme de question :

« Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? » Comme toujours, c’est lui qui répond le premier et il s’engage au nom des Douze.

Frères et Sœurs, quelle va être notre réponse à nous ? Peut-être avez-vous pris le temps, durant ces vacances, de vous poser de vraies questions, celles qui touchent au sens de la vie, de la foi chrétienne, de notre adhésion au Christ ? Peut-être que si vous tenez à venir chaque dimanche vous rassembler autour de la Parole de Dieu et de l’Eucharistie, ce n’est pas seulement en consommateur, c’est aussi pour redire votre foi , votre engagement personnel ou communautaire, car on n’est jamais chrétien tout seul ; allons-nous répondre comme Pierre : « Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle. »

Je ne parlerai pas de la 2° lecture des Ephésiens qui met la barre du mariage très haut, sacrement de l’amour du Christ et de l’Eglise ; le pape François a dû en parler hier à Dublin en s’adressant à des jeunes couples. Mais ne vous bloquez pas sur cette parole qui ne passe plus très bien aujourd’hui quand il est dit: « Femmes, soyez soumises à votre mari » ; il faut la replacer dans le contexte et la culture de l’époque.

Je voudrais parler de la foi, de cette foi qui est un don du Père et que Jésus réveille quand il nous dit : « Voulez-vous partir, voulez-vous me lâcher ?» Sur la foi, je veux dire 3 choses :

1) la foi, c’est une relation vivante : la foi n’est pas d’abord une croyance, c’est une confiance faite à quelqu’un, un attachement à une personne (Jésus Christ), une relation vivante, d’où l’importance de connaître Celui qui nous appelle, d’écouter Celui qui nous parle, d’être en relation avec lui dans la prière.

2) la foi, c’est une alliance : toute la Bible nous raconte cette alliance de Dieu avec l’humanité, une histoire mouvementée qui trouve son aboutissement en Jésus Christ, une histoire qui continue avec chacun d’entre nous. Et le mariage entre un homme et une femme est une alliance justement avec un anneau au doigt pour le signifier. Qui dit alliance, dit engagement de part et d’autre : c’est un choix que l’on fait et il faut s’y tenir.

Dans la 1° lecture où nous avions une des premières célébrations de l’Alliance à l’arrivée en terre promise, Josué le disait très bien : « Qui voulez-vous servir ? Les idoles, les dieux des Amorites, ou bien le Seigneur, l’Unique, Celui qui vous a libérés de l’esclavage. »

Dieu fait alliance avec un peuple : entrer dans son Alliance, c’est être relié à une communauté, à l’Eglise. La foi ne se vit jamais seul. Quand on baptise un enfant ou un adulte, c’est toujours au sein d’une communauté chrétienne.

3) Enfin la foi, c’est une réponse libre et aimante. Ce n’est pas une obligation. Dieu ne nous force jamais. C’est une histoire d’amour.

Je donne, je redonne ma parole à Celui qui m’a aimé et jamais ne me forcera. C’est là le plus beau de la foi, le plus beau de l’amour : c’est un choix libre. La liberté, çà ne veut pas dire que je peux faire n’importe quoi, mais que je choisis librement qui je veux servir, qui je veux aimer.

Hélas dans le passé on a parfois forcé des gens à se convertir, mais çà ne veut rien dire : Dieu n’a pas besoin d’esclaves, il veut être aimé et servi par des hommes et des femmes libres.

Hier nous fêtions le roi saint Louis dont parle si bien Charles Péguy dans le Mystère des Saints Innocents :

« Quand on a connu d’être aimé par des hommes libres, dit Dieu, les prosternements d’esclaves ne vous disent plus rien.

Quand on a vu saint Louis à genoux, on n’a plus envie de voir ces esclaves couchés par terre…

Etre aimé librement, rien ne pèse ce poids, rien ne pèse ce prix…

Quand on a une fois goûté d’être aimé librement, tout le reste n’est plus que soumissions…

Quand saint Louis m’aime, dit Dieu, je sais qu’il m’aime.

Au moins je sais qu’il m’aime, celui-là…

Et quand il dit qu’il aimerait mieux être lépreux que de tomber en péché mortel, je sais que c’est vrai…

Il ne dit pas çà pour que çà fasse bien…parce qu’il a vu çà dans les livres. Il dit cela parce que çà est. Il m’aime à ce point. Il m’aime ainsi. Librement. » (p 716-717)

Quand Dieu nous appelle à la foi, il nous laisse toujours libres de la réponse, de la décision de nous engager. Et c’est l’Esprit Saint qui nous fera découvrir le « maintenant » de cette décision. Nous rappelant les paroles de Jésus, il nous donne la pleine liberté du présent et nous ouvre à l’avenir.

« Seigneur, à qui irions-nous ?

Tu as les paroles de la vie éternelle. »

 Frère Basile