ASSOMPTION de MARIE 15 août + Homélie au cours des VEPRES

assomptionApocalypse 11-12 / ps 97
1 Cor 15, 20-27a
Luc 1, 36-48

On ne trouve pas dans les textes du Nouveau Testament un quelconque récit d’une apparition de Jésus ressuscité à sa Mère ou bien de la mort de la Vierge Marie et encore moins de son Assomption corporelle au ciel.

Mais dès les premiers siècles et tout au long de l’histoire de l’Église, de très nombreux écrivains chrétiens ont estimé qu’il était impossible que Jésus ressuscité ne soit pas apparu à sa Mère, et selon la belle formule de St Bernardin de Sienne (un franciscain du 15° siècle), qu’à sa mort « Marie ne pouvait se trouver que là où est le Christ ».

Après avoir consulté les évêques du monde entier, c’est en s’appuyant sur cette conviction partagée par de nombreux saints, tant grecs que latins, tels St Jean Damascène, St Antoine de Padoue, St Pierre Canisius auteur de plusieurs catéchismes, St François de Sales et bien d’autres, que le Pape XII a proclamé ce dogme de l’Assomption.

Dans la Constitution apostolique qui définit ce dogme le Pape énumère les bienfaits qu’il attend de cette précision doctrinale concernant la Vierge Marie. Je voudrais en retenir deux :

« Il faut espérer que ceux qui méditent les glorieux exemples de Marie se persuaderont de plus en plus de quelle grande valeur est la vie humaine si elle est entièrement vouée à l’accomplissement de la volonté du Père céleste et au bien à procurer au prochain… »

Pour le Pape, si je comprends bien son message, la valeur de la vie humaine est à la mesure de la vie spirituelle qui l’habite. A côté du Christ-Jésus, dont toute la vie a été vécue dans une relation d’intimité étroite avec Dieu son Père, nous trouvons dans la Vierge Marie un modèle de vie spirituelle dont les textes de cette fête, le récit de la Visitation et le Magnificat, se font l’écho.

Pour nous, c’est un appel, ou un rappel : le Seigneur attend que nous vivions en chrétien là où nous sommes et avec ce que nous sommes, soucieux du bien à procurer au prochain. C’est ainsi que nous répondrons à nos vocations propres.

Le Pape conclut l’énumération de ces bienfaits en formulant le vœu « que la foi de l’Assomption céleste de Marie dans son corps rendra plus ferme notre foi en notre propre résurrection et la rendra plus active ».

Reconnaissant dans la foi cette destinée de la Vierge Marie, nous pouvons comprendre qu’il s’agit aussi de notre propre destinée, exprimée dans le Symbole des apôtres : « Je crois en la résurrection de la chair ». Il s’agit, comme l’enseigne St Paul (1 Co) du destin de nos corps de chair appelés, après purification, à devenir des corps spirituels.

Quel est ce « corps de chair » appelé à une telle gloire ? Que veut dire « avoir une foi plus active en notre propre résurrection » ?

Notre corps véritable n’est pas seulement biologique et physiologique, il est constitué de tout ce qui fait notre « être au monde » : naissance, croissance, éducation, relations, connaissances et centre d’intérêts, formation, métier, action caritatives, sociales, économiques, politiques, etc. Un corps de chair tout entier tissé des liens noués avec les corps de chair des hommes et femmes avec qui se déploie notre être au monde. Prendre soin de ce corps de chair c’est reconnaître que tout ce qu’il nous est donné d’être et de faire dans les communautés auxquelles nous sommes indissolublement liés est don de Dieu, manifestation de son amour pour nous. Toute nos existences reçoivent là leurs dimensions spirituelles appelées à la résurrection.

Aujourd’hui, que peut signifier prendre soin de notre corps de chair ? Parmi les nombreux défis qui se présentent à notre monde et face auxquels les chrétiens, au nom même de leur foi en la résurrection ne peuvent rester inactifs, je voudrais retenir celui de la transition écologique. Sa nécessité s’impose de plus en plus à nos sociétés, alors que depuis bien des décennies nous avons refusé de le considérer sérieusement. Pour nous aider à trouver les voies de conversion et de changement de nos manières de vivre évoqués dans l’exhortation apostolique Laudato si, le Pape François, dans une prière humble, invoque la Vierge de l’Assomption. Il écrit : « Marie, la Mère qui a pris soin de Jésus, prend soin désormais de ce monde blessé, avec affection et douleur maternelles… Totalement transfigurée, elle vit avec Jésus. Élevée au ciel elle est Mère et Reine de la création. Dans son corps glorifié, avec le Christ ressuscité, une partie de la création a atteint toute la plénitude de sa propre beauté… Nous pouvons lui demander de nous aider à regarder ce monde avec des yeux plus avisés. » (§241). Amen.

Bernard Bougon s.j.

Homélie au cours des VEPRES

Evangile : Luc 1, 36-48

Faut-il encore ce soir parler de Marie ? Je crois qu’il faut plutôt prendre modèle sur elle pour chanter les merveilles de Dieu. Tout ce qu’il fait dans notre vie : il y a des événements heureux, il y a aussi des épreuves : parfois nous nous demandons : où est Dieu dans tout cela ? Nous l’oublions si souvent, alors qu’il est tout proche, toujours prêt à nous secourir. La béatitude de Marie, c’est celle de la foi : « Bienheureuse celle qui a cru » à ce que Dieu lui a dit, à ce qu’elle a entendu, venant de lui.  Il y a du bonheur dans la foi. Marie a dit « Oui » en accueillant Dieu en elle sans savoir où cela la conduirait, comme Abraham. Et puis elle est allée jusqu’au bout de sa foi. Mais dès le départ, elle a chanté les merveilles de Dieu.

S’il fallait encore parler de Marie, je vous renverrai volontiers non pas à « Laudato si » comme l’homélie de ce matin, mais au dernier texte du pape François « La joie et l’allégresse » sur l’appel à la sainteté. En quelques mots à la fin, il résume sa vie et nous montre comment vivre avec Marie notre Mère. Permettez-moi de le citer :

« Marie est la sainte parmi les saints, la plus bénie, celle qui nous montre le chemin de la sainteté et qui nous accompagne.

Elle n’accepte pas que nous restions à terre et parfois elle nous porte dans ses bras sans nous juger.

Parler avec elle nous console, nous libère et nous sanctifie.

La Mère n’a pas besoin de beaucoup de paroles, elle n’a pas besoin que nous fassions trop d’efforts pour lui expliquer ce qui nous arrive.

Il suffit de chuchoter encore et encore : « Je vous salue, Marie »

Frère Basile