17° Dimanche Ord B

multiplication2 Rois 4, 42-44 / ps 144
Ephésiens 4, 1-6
Jean 6, 1-15

Frères et Sœurs, chaque fois que nous l’écoutons à nouveau, ce récit de la multiplication des pains demeure aussi merveilleux, aussi mystérieux et pourtant il est plein de sens, plein de vie pour l’humanité d’aujourd’hui, et il nous renvoie, bien sûr, au sacrement de l’Eucharistie que nous sommes en train de célébrer. Oui, le Christ est là au milieu de nous, présent dans sa Parole, et tout à l’heure dans le Pain que nous allons partager.

Ce n’est pas pour rien que ce récit nous est rapporté dans les 4 évangiles, et même 2 fois chez Matthieu et Marc. Dans l’évangile de Jean, que nous venons d’entendre, il introduit le grand discours de Jésus sur le pain de vie, que nous allons écouter tout au long des dimanches du mois d’août.

Jésus pose ici un signe important, un signe messianique : pour la foule qui l’avait suivi comme on suit un leader politique, il n’y avait plus d’hésitation : le messie attendu depuis si longtemps, celui que Dieu avait promis pour libérer son peuple, c’était bien lui, Jésus, le prophète de Nazareth, le grand Prophète. Effectivement, par ce geste, Jésus vient accomplir et même dépasser les promesses de Dieu du 1° testament. Mais Jésus a bien senti qu’ils n’avaient mal compris la portée de son geste : ils voulaient « faire de lui leur roi ». Ils ont vu là un prodige, beaucoup plus qu’un signe. Alors Jésus se retire seul dans la montagne.

Et nous-mêmes, avons-nous compris la portée de de ce geste pour le monde d’aujourd’hui ? 5 pains partagés qui ont nourri 5000 hommes sans compter femmes et enfants, et il en reste ! il faut le ramasser précieusement pour que d’autres en bénéficient : quelle invitation au partage dans notre monde où il y a encore tant de gens qui meurent de faim et tant d’inégalités entre pays riches et pays pauvres.

Pour nous, chrétiens, il nous faut aller plus loin pour déchiffrer le signe de Jésus. Si la multiplication des pains nous intéresse, c’est parce qu’elle est reliée de multiples façons à nos eucharisties d’aujourd’hui, et qu’elle leur donne du sens.

D’abord, il nous faut sortir de la fausse question : est-ce un vrai miracle, ou bien seulement une histoire merveilleuse inventée pour les besoins de la cause ? Si les 4 évangiles la racontent, c’est bien qu’elle a eu lieu d’une manière ou d’une autre ; peu importe le comment : c’est le sens qui compte. D’ailleurs, le 4° évangile ne parle pas de miracles, il emploie le mot « signe ».

C’est un signe prophétique qui s’inscrit dans la longue histoire du peuple de Dieu : sa marche au désert, la manne quotidienne, et plus tard les périodes de famine comme celle qui nous a été rapportée dans la 1° lecture, où le prophète Elisée intervient au nom de Dieu, pour nourrir cent personnes avec seulement vingt pains d’orge : Jésus fera mieux encore. A quoi pense Jésus en faisant ce geste ? Il nous est dit ici que Jésus savait bien ce qu’il allait faire ; pour lui, ce n’est pas un geste improvisé pour faire face à une situation d’urgence.

On pourrait en souligner 2 aspects : d’abord il y a un signe de surabondance : Jésus veut nous montrer la prodigalité du Père ; cela vient de Dieu à travers lui, cela vient de sa compassion pour les foules sans berger : Marc nous le rappelait dimanche dernier : cette foule a faim d’entendre une parole, de sentir une présence, d’être nourrie, mais pas seulement de pain. Il lui parle longuement, puis il la nourrit de façon très concrète avec le pain de chaque jour ; tant pis pour ceux qui vont s’arrêter au miracle, au prodige ; ce pain multiplié, c’est déjà son corps livré pour la vie du monde, c’est le pain de nos eucharisties donné en surabondance.

Mais ce pain, même s’il est le pain de Dieu, ne tombe pas du ciel et c’est le 2° aspect que je voudrais souligner ; ce pain, c’est un enfant qui l’a apporté, un jeune garçon qu’André avait repéré : 5 pains et 2 poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ? C’est là qu’il faut se laisser surprendre et évangéliser. Les disciples découvrent ce jour-là ce que nous découvrons tous un jour, notre faiblesse et notre pauvreté, nos manques de moyen. Qu’ai-je à donner ? et nous baissons les bras en refusant de partager.

En écho de cet évangile, notre évêque Dominique a fait graver sur sa croix pectorale 4 pains : pourquoi 4 seulement ? parce que, dit-il, le 5° pain, c’est le pain de ma vie que j’ai à offrir avec les 4 autres dans l’eucharistie, pour que Dieu les multiplie. C’est bien la grâce de l’Eucharistie, elle ne se fera pas sans nous ; si nous restons des consommateurs frileux, rien ne se passera ; mais si nous apportons le meilleur de nous-mêmes pour que Dieu le transforme, alors tout est possible et la multiplication aura lieu à nouveau.

Oui, les besoins sont immenses, la faim et la soif des hommes sont criantes, mais Dieu nous appelle à cette unique espérance, à partager le même pain, car par l’eucharistie tous seront rassasiés. Quand pourrons-nous le faire avec tous nos frères et sœurs chrétiens ? Je vous citerai pour finir ce très beau texte du patriarche de Constantinople, Athénagoras, lui qui a rencontré le pape Paul VI à Jérusalem :

« L’Eucharistie protège le monde et déjà secrètement l’illumine.

L’homme y retrouve sa filiation perdue, il puise sa vie dans celle du Christ, l’ami secret,

qui partage avec lui le pain de la nécessité et le vin de la fête.

Et le pain est son Corps, et le vin est son Sang,

Et dans cette unité plus rien ne nous sépare de rien ni de personne. »

Oui, demandons avec toute l’Eglise la grâce de l’unité : un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême !

Frère Basile