14° Dimanche Ord B / fête de St Benoît

enseignantÉzéchiel 2, 2-5 / ps 122
2 Cor 12, 7-10
Marc 6, 1-6

La vocation d’Ezéchiel, la visite du Christ à Nazareth, le combat de Paul nous parlent du ministère de la Parole et des obstacles qu’il rencontre. Mais nos trois lectures posent à tous la même question de fond : Sur quoi bâtissons-nous notre vie ?

Commençons par notre première lecture. Dieu et son peuple en exil à Babylone sont au bord de la rupture. Que faire pour ces oreilles fermées, ces cœurs obstinés ? Dieu envoie Ezéchiel pour proclamer sa parole aux exilés, qu’ils écoutent ou non. Dieu est impuissant face à des libertés qui se dérobent. Mais il est là, présent par son prophète, au milieu de ses fils rebelles

A Nazareth, le Christ fait aussi l’expérience de son impuissance, et accepte le sort des prophètes, méprisés et rejetés L’obstacle est clairement identifié. Ses compatriotes pensent le connaître, car il est un des leurs. Mais ils butent sur son mystère. Etonné, mais non découragé, il continuera de parler, pour que Dieu reste présent, envers et contre tout.

Paul a reçu, lui aussi, un ministère prophétique, mais il bute sur un autre obstacle, sa propre faiblesse. Dieu ne pourrait-il pas le délivrer de ses fragilités, pour que sa mission porte davantage de fruit ? Mais loin d’exaucer sa prière, le Seigneur lui répond : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse ». Et comme Ezéchiel remis debout par le don de l’Esprit, comme le Christ de Nazareth acceptant de poursuivre sa route, Paul accepte de mettre sa fierté dans ses faiblesses. Il constate simplement : « Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort ».

Pour annoncer l’évangile, nous aimerions pouvoir prendre appui sur nos capacités et notre savoir. Nous aimerions annoncer la béatitude des pauvres, sans faire, dans notre chair, l’expérience de notre pauvreté. Que faire alors de nos échecs, des faiblesses de notre Eglise et de nos communautés, de notre fermeture à l’imprévu, à la nouveauté de l’Esprit…

Or Dieu nous rejoint dans ce mystérieux mélange de force et de faiblesse, de savoir et de non savoir, comme à travers la beauté de la création et l’interrogation suscitée par le scandale du mal. Et Dieu nous donne son Esprit, pour animer notre souffle.

Mais proposer l’évangile passe non seulement par la parole, mais aussi par la transformation de tout notre être. Que faire alors de notre vulnérabilité, dans nos relations les plus quotidiennes ?

Certes, il y a blessure et blessure. Il y a les blessures liées à notre histoire, nos errances. Il faut beaucoup de temps pour les assumer. Paul était, lui aussi, un blessé de la vie. Est venu le temps où il pouvait s’en vanter, car le Christ était au cœur de sa vie.

Il y a aussi les blessures liées au fait que nous sommes créés pour aimer et être aimés. Cette blessure fait de nous des mendiants. Elle est à la fois notre grande force et notre immense faiblesse.

Or la merveille des merveilles, c’est que Dieu porte en lui cette blessure, qu’il mendie aussi notre amour. C’est pourquoi il n’abandonne pas son peuple en exil. C’est pourquoi il nous visite sans cesse, pour rassembler dans son Royaume les éclopés de la vie.

Nos trois lectures nous le redisent. Impossible d’annoncer la Parole de Dieu en faisant l’impasse sur nos failles, comme sur notre désir d’aimer comme Dieu aime, et notre difficulté à vivre une telle radicalité. Impossible de transmettre l’évangile sans être attentif aux richesses et aux pauvretés de nos contemporains, là où Dieu désire les rejoindre et les enveloppe de sa tendresse.

Prions pour que tous trouvent dans les Eglises, et si possible dans les monastères, un espace, où Dieu puisse les rencontrer et les engendrer à leur liberté. Où chacun, chacune, puisse se sentir attendu et aimé

Frère Alain