11° Dimanche Ord B

semeurEzékiel 17, 22-24 / ps 91
2 Cor 5, 6-10
Marc 4, 26-34

Partons de notre seconde lecture. Elle nous ménage une double surprise. Dans notre société centrée sur le présent immédiat, beaucoup préfèrent ne pas penser à la mort, car elle leur fait peur… Or Paul en témoigne : il aborde la mort sans peur, dans la confiance, porté par l’espérance juive en la résur­rection, par sa rencontre du Ressuscité.

Seconde surprise. Avec tout le NT, Paul se centre presque toujours sur l’essentiel : notre résurrection corporelle à la fin des temps, quand Christ sera là. Or dans notre passage de la 2°  lettre aux Corinthiens, Paul dit son désir de rejoindre le Christ immédiatement après sa mort.

« Nous voudrions quitter la demeure de ce corps pour demeurer près du Seigneur. En effet, tant que nous demeurons dans ce corps, nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision ».

La lettre aux Philippiens est plus explicite encore. « Christ sera exalté dans mon corps, soit par ma vie, soit par ma mort. Car pour moi, vivre c’est Christ, et la mort m’est un gain… J’ai le désir de m’en aller et d’être avec le Christ, et c’est de beau­coup préférable… Mais si vivre dans la chair doit me permettre un travail fécond, je ne sais que choisir ».

Bref, Paul désire rejoindre le Christ sans tarder. Mais il est prêt à travailler encore à l’annonce de l’évangile. Paul est un homme libre, par rapport à la vie et à la mort, comme par rapport à la mission qui lui est confiée.

Venons-en à notre évangile. Il va aussi à contre-courant de ce que nous pensons spontanément. Dans notre société, nous sommes jugés sur nos succès et nos échecs, donc sur nos œuvres. Tandis que l’évangile met en lumière ce que nous recevons gratuitement, comme un don immérité.

« Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette la semence. Nuit et jour, la semence germe et grandit, il ne sait comment… Et dès que le blé est mûr, il y met la faucille ».

Le geste du semeur et celui du moissonneur sont des gestes d’un moment. Mais entre les semailles et la moisson, c’est le temps de la durée, où tout repose sur l’activité de la semence. Tandis que pour le semeur, c’est le temps du non-savoir, du non-pouvoir, du lâcher-prise.

Que dit alors notre parabole du règne de Dieu ? Le semeur et le moissonneur, c’est le Christ. La semence, c’est sa parole. Notre mission, c’est d’annoncer la Parole. Quand nous l’avons annoncée, il nous suffit de laisser agir la Parole semée, même si nous ne voyons rien venir. Car il n’est pas en notre pouvoir d’anticiper le temps de la moisson.

Que conclure de ces deux lectures, pour nous, aujour­d’hui ? J’ai fait un jour une homélie du 2 novembre à la Pierre qui vire. Un frère est venu me dire par après qu’il désirait mourir le plus tard possible. Etrange de la part d’un moine qui n’a ni conjoint ni enfant ! Pourquoi ne pas partager le désir de Paul ? Le désir de rejoindre le Christ sans tarder, au-delà de la mort, ne nous désengage pas de nos tâches présentes, mais il nous permet de les vivre pleinement. Non à la manière de notre société, mais dans la liberté que la foi seule peut donner.

Quant à notre évangile, il est aussi plus actuel que jamais. Dans notre société où la foi chrétienne semble reculer, accep­tons-nous de vivre dans le non-savoir, le non-pouvoir, la non-maîtrise ? Le Royaume de Dieu grandit, quand nous vivons à l’écoute de la Parole. Le Royaume grandit aussi, en dehors des Eglises, par le don de l’Esprit. Mais nous peinons à discerner les signes des temps, à repérer les lieux où la source évangé­lique coule en abondance. Qui dira ce que sera le christianisme quand notre longue traversée du désert prendra fin ?

Que l’espérance de Paul et la patience de la semence nous ouvrent un espace de liberté, par rapport à la vie et à la mort, comme par rapport à la mission qui nous est confiée. Celui qui sème les galaxies et les myriades d’étoiles saura bien nous conduire au but. Même après notre mort et avant la résur­rection finale, Dieu ne permettra pas que nous soyons séparés de lui. Car dans la vie comme dans la mort, nous appartenons au Seigneur. Et il tient à nous comme à la prunelle de ses yeux.

Frère Alain