13° Dimanche Ord B

JAÏRE1Sagesse 1, 13-15 + 2, 23-24 / ps 29
2 Corinthiens 8, 7-9 + 13-15
Marc 5, 21-43

Frères et Sœurs, s’il y a une question qui nous travaille tous, que nous soyons croyants ou non, c’est bien celle de la mort, et du sens de la vie. Que de pourquoi sur nos lèvres devant tant de morts injustes ou soudaines, – pensons à ceux qui meurent sous la torture – que de pourquoi devant la mort d’un enfant ! Quand je suis arrivé à Chauveroche à l’été 1982, Madeleine était venue me parler ; elle avait perdu sa fille Agnès, âgée de 12 ans. 3 ans déjà, mais la blessure était loin d’être guérie.

C’est là que l’Evangile nous est donné, non pas comme une réponse, mais comme une parole de vie et d’espérance. Après un tel récit de résurrection, on a envie de s’écrier comme dans la nuit de Pâques : « O Mort, où est donc ta victoire ? » Le Christ est venu, et déjà tu as perdu la partie : Il est, lui, non seulement le Chemin, la Porte, mais surtout la Vie, la Résurrection. C’est le cœur du message chrétien.

Déjà, l’auteur du livre de la Sagesse écrivait : « Dieu n’a pas fait la mort… Elle est entrée dans le monde par la jalousie du diable. » Oui, elle fait bien partie de notre monde, elle en est une réalité quotidienne ; on voudrait la cacher, mais elle est là, et elle fait mal, parfois terriblement mal ; elle est absurde comme la mort d’une enfant. On a envie de crier au Seigneur comme Marthe et Marie l’ont fait pour leur frère Lazare : « Si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort ! » « Si tu crois », répond Jésus. Oui, c’est là que notre foi doit se dresser comme un rempart, comme une voix plus forte que toutes les autres voix pour dire : « Dieu n’a pas fait la mort ! » Jésus n’a-t-il pas dit : « Je suis venu pour que les hommes aient la vie et l’aient en abondance. » ?

Cette affirmation de la vie remonte très loin dans la Bible, même s’il a fallu du temps, beaucoup de temps, pour qu’elle devienne foi en la résurrection, mais c’est bien le fil rouge de la tradition judéo-chrétienne. Le poète juif alsacien, Claude Vigée, a eu cette parole à propos de la « Shoah » et du camp d’Auschwitz où ont péri des millions de juifs : «Parce que Dieu a dit : Je mets devant toi la vie et la mort, tu choisiras la vie pour toi et ta descendance : ce n’est pas une question de race, c’est la Parole de Dieu. Toute autre parole vient du diable. » Oui, Dieu a dit « Tu choisiras la vie » et cela nous interroge aujourd’hui face à tant de morts violentes, et c’est pourquoi il faut dire non à la peine de mort.

De son côté, un théologien chrétien d’Amérique latine, Gustavo Guttierez, se demandait comment parler du Dieu de la vie dans une réalité marquée par la mort, comment dire que Dieu est la Vie dans un monde de pauvreté, d’exploitation qui signifie plutôt mort pour les gens. Là on pourrait répondre comme Paul aux Corinthiens : la Vie est dans le partage, et non dans l’accaparement des richesses.

L’évangile d’aujourd’hui nous apporte une parole de vie : être chrétien, c’est croire en la Vie, c’est croire en Jésus qui est la Vie et qui a vaincu la mort. Ne relisons pas ces deux miracles, comme une histoire qui se termine bien, comme si Jésus n’était qu’un guérisseur, faisant du bien partout où il passait ; il faut aller plus loin : ces 2 miracles imbriqués l’un dans l’autre ne trouvent leur vrai sens que dans la mort et la résurrection de Jésus. Quand on lit l’Evangile, ne partons pas du début comme on raconte la vie de quelqu’un, de sa naissance jusqu’à sa mort : commençons par la fin : le Christ est ressuscité des morts, c’est cet événement pascal qui a tout fait basculer. Comprenons-le bien : les évangiles n’ont pu être racontés, mis par écrit qu’après la résurrection du Christ, parce que les apôtres et les premiers chrétiens y ont cru et ont redécouvert là le sens de la vie, des gestes et des paroles de Jésus. Si le Christ n’était pas ressuscité, il n’y aurait pas eu d’évangile ; c’est parce qu’il est ressuscité qu’il contient pour nous cette parole de vie qui donne sens à nos morts et à nos vies d’aujourd’hui.

Voyez comme ces 2 récits font appel à la foi : cette femme qui s’approche de Jésus et qui croit que si elle touche au moins son vêtement, elle sera guérie ; pour nous ce sont les sacrements qui nous permettent de toucher le Christ si nous y croyons. L’autre démarche, c’est celle de Jaïre pour sa fille, et lorsqu’on vient lui annoncer qu’elle est morte, que c’est fini, entend le Christ lui dire : « Ne crains pas, crois seulement. » Et il continue de croire en dépit des apparences contraires. Et puis ce geste de Jésus qui saisit la main de la petite fille en lui disant : « Lève-toi », une parole de résurrection qui sera reprise dans la liturgie du baptême – elle se trouve dans la lettre aux Ephésiens : « O toi qui dors, réveille-toi, relève-toi d’entre les morts et sur toi brillera le Christ. »

Comprenez-le bien : la vie que nous offre le Christ n’abolit pas la mort, elle en change le sens, elle devient dans le Christ ressuscité passage vers l’éternité, vers l’incorruptibilité : nos corps ressusciteront. Voilà notre foi en la Vie plus forte que la mort, qui nous permet de dire non à tous les poisons de mort qui nous attirent, à tous les désirs d’euthanasie. Dieu n’a pas fait la mort : soyons des vivants.

Frère Basile