Pentecôte 2018 Année B

vitrail-pentecote-marie-apotresActes 2, 1-11 / ps 103
Galates 5, 16-25
Jean 15, 26-27 + 16, 12-15

Frères et Sœurs, avez-vous réalisé ce qui se passe aujourd’hui ? Un dimanche qui n’est pas comme les autres, et l’événement n’est pas la transhumance ou le FIMU à Belfort ; non, l’Eglise vit aujourd’hui une nouvelle Pentecôte : chaque baptisé, donc chacun de vous et moi aussi, est totalement renouvelé dans le souffle de l’Esprit. « Un violent coup de vent » dit le texte.

A la Pentecôte, tout éclate : les portes et les fenêtres s’ouvrent, c’est l’irruption de Dieu dans le cœur des hommes, l’Esprit souffle et « renouvelle la face de la terre. » Et les apôtres, qui n’étaient pas des gens très cultivés, – ce sont des Galiléens parlant araméen – se mettent à parler en d’autres langues et surtout ils se font comprendre de gens venus de toutes les nations, qui s’étonnent et s’écrient : « Tous, nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. » Voilà bien le miracle de la Pentecôte, le jour des merveilles de Dieu et je voudrais en souligner au moins trois : le don des langues, les fruits de l’Esprit, et la manière dont l’Esprit nous conduit vers la vérité tout entière.

Le don des langues : il n’y avait pas encore d’écoles de langues et l’on pourrait dire que ce jour-là l’Esprit Saint était vraiment en avance sur son temps, car c’était déjà une première mondialisation. Comprenons bien ce qui s’est passé : la diversité des langues a été respectée, mais la communion était possible, car chacun pouvait entendre les merveilles de Dieu dans sa propre langue, dans sa propre culture. C’est le contraire de la Tour de Babel, ce vieux récit du livre de la Genèse que nous écoutions hier soir. L’histoire de Babel, c’est, pourrait-on dire, le rejet par Dieu de l’unité forcée, d’une seule langue pour tous, d’une pensée unique : que fait Dieu pour éviter ce totalitarisme insupportable ? Il crée la diversité des langues, comme il a créé, au commencement du monde, la diversité des couleurs, des sons, des animaux, des fleurs. A la Pentecôte, l’opposé de Babel, Dieu nous montre que la diversité des langues n’est plus un obstacle pour communiquer entre nous, mais une richesse incroyable qui permet à chacun d’être lui-même. L’Esprit est celui qui rassemble, qui peut mettre ensemble toute diversité.

L’autre merveille, dont Paul nous a parlé dans la lettre aux Galates, ce sont les fruits de l’Esprit. Paul nous éclaire d’abord sur le combat de l’Esprit contre la chair, contre toutes ces tendances égoïstes que nous sentons en nous ; il nous montre à quelles actions mène la chair : une liste de 15 maladies ou perversions contre lesquelles nous devons lutter, parce qu’elles défigurent l’humanité. Mais, opposée à tout ce mal, il y a la force de l’Esprit ; il faudrait savoir par cœur la liste que Paul nous donne des fruits de l’Esprit : « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité, maîtrise de soi. »

Je dirai volontiers que la liste est ouverte, que les dons de l’Esprit comme ses fruits sont multiples, à chacun de reconnaître le sien. C’est une des grandes leçons de la Pentecôte : l’Esprit n’est pas uniforme : la diversité est un don de l’Esprit et l’Esprit seul est capable de rassembler les contraires, de faire que nous n’ayons plus peur des différences ; si nous pouvions le vivre sereinement dans notre pays avec ses conflits sociaux, et dans l’Eglise aujourd’hui. Paul nous le redit 2 fois : « Laissez-vous conduire par l’Esprit, marchons sous la conduite de l’Esprit. »

Cela rejoint tout à fait ce que Jésus nous dit dans l’Evangile : « L’Esprit vous conduira vers la vérité tout entière. » Cette petite phrase est très importante et il faut bien la comprendre. Trop souvent, dans l’Eglise, nous nous sommes comportés, comme si nous avions la vérité, comme si elle était fixée dans les dogmes une fois pour toutes. Les dogmes ne sont pas là pour l’enfermer, mais pour l’éclairer, nous donner des points de repère. « Tradition vivante, nous disait le cardinal Suenens dans un texte lu cette nuit (le cardinal Suenens, archevêque de Malines-Bruxelles fut un des Pères du concile Vatican 2), Tradition vivante : l’Esprit est à la fois continuité et nouveauté, tradition est progrès. Il explicite ce que les disciples de Jésus ne pouvaient porter encore de l’enseignement du Maître. Il puise dans l’unique Parole de Dieu de quoi désaltérer chaque génération. Il remémore les paroles de Dieu, jamais il ne les répète : chaque fois il leur confère une résonance inattendue, une urgence nouvelle. » Et nous le voyons bien avec le pape François et l’encyclique ‘Laudato si’ ou le texte paru cette semaine et signé par lui sur l’économie et la finance. Laissons-nous conduire par l’Esprit.

Nous avons devant nous une tâche immense. Nous sommes à un moment de l’histoire du monde où tout peut changer, si chacun joue son rôle. Nous sommes tous acteurs dans cette lutte immense pour un monde nouveau : lutte contre la torture, contre la pauvreté, contre toute forme de corruption, lutte pour le respect des minorités.

L’Esprit nous pousse en avant de manière irrésistible et n’oublions pas qu’il est le Souffle du Dieu vivant, infatigable et donné en permanence.

Frère Basile