10° Dimanche Ord B

qui suis-jeGenèse 3, 9-15 / ps 129
2 Corinthiens 4, 13 à 5, 1
Marc 3, 20-35

Frères et Sœurs, qu’allez-vous retenir de cet Evangile ? Peut-être cette belle parole de Jésus : « Qui est ma mère ? Qui sont mes frères ? » et la réponse qu’il donne : « Celui qui fait la volonté de Dieu, voilà mon frère, ma sœur, ma mère. »

Mais en isolant cette parole, en ne la situant pas dans son contexte polémique, nous risquons fort d’édulcorer l’Evangile. Il faut plutôt en rapprocher d’autres passages de la Bible, comme le récit de la Genèse que nous avons entendu en 1° lecture, un rapprochement qui peut paraître étonnant, avec la figure du serpent !

Mais qui est donc celui qui parle ainsi et prend une telle distance par rapport à sa propre famille ? Qui donc est ce jeune rabbi venu de Nazareth, qui opère des miracles, qui parle avec autorité et souvent contre les traditions reçues, qui rassemble les foules au point qu’il n’a même plus le temps de manger ? Vous savez que c’est la grande question qui traverse tout l’évangile de Marc et nous n’en sommes qu’au chapitre 3.

On comprend que sa famille réagisse, et aussi les autorités en place, qui sont venues de Jérusalem ; manifestement tous se trompent sur son compte, au point que Jésus ne peut pas laisser passer cette accusation de complicité démoniaque : car ils vont jusqu’à dire qu’il agit avec Satan contre les sujets de Satan. C’est absurde : il y a là un tel refus de lumière, un tel aveuglement devant les signes de la venue du Royaume, que Jésus n’hésite pas à parler ici d‘un péché contre l’Esprit Saint, un péché impardonnable parce qu’il s’oppose à Dieu, il refuse le pardon.

Par contre, dans ce passage, il est question d’un combat, d’un affrontement entre Jésus et Satan. Satan en hébreu, cela veut dire l’Accusateur ; le diable, ce mot vient du grec diabolos, cela veut dire le Diviseur ; et s’il est lui-même divisé, il ne peut pas tenir. Satan, pourrait-on dire, c’est l’homme fort qui tient l’humanité en esclavage depuis longtemps. Pour venir à bout de cet homme fort, il faut un plus fort que lui pour le ligoter et ce « plus fort », c’est Jésus, qui par sa mort va détruire la mort, et ligoter celui qui possédait le pouvoir de la mort, pour libérer ceux qui par crainte de la mort, vivaient en esclavage.

Derrière cette petite parabole de l’homme fort, nous est annoncée la venue du Royaume, la réalisation de la promesse de Dieu qui se trouve dans le récit de la Genèse. Cette promesse, Dieu l’a faite juste après la 1° division, la 1° rupture d’alliance, provoquée par la séduction du serpent, du diable qui est menteur dès l’origine. Dieu dit au serpent : « Je mettrai une hostilité entre toi et la femme ; sa descendance te meurtrira la tête et toi, tu lui meurtriras le talon. »

C’est l’annonce d’un combat décisif, qui nous est raconté dans l’Apocalypse, tout à la fin de la Bible, un texte que nous lisions cette nuit : « Il fut précipité le grand dragon, l’antique serpent, celui qu’on nomme Diable et Satan, le séducteur du monde entier. » et on lit plus loin : « Dans sa fureur contre la femme, le dragon porta le combat contre le reste de sa descendance, contre ceux qui observent les commandements de Dieu et gardent le témoignage de Jésus. » Et là on retrouve la parole de Jésus dans l’évangile : « Celui qui fait la volonté de Dieu, voilà celui qui m’appartient, il est pour moi un frère, une soeur, une mère. »

Donc Dieu ne nous promet pas une vie facile et douce, il s’agit d’un combat où c’est notre propre vie qui est en jeu, notre appartenance au Christ, notre fidélité à Jésus.

Frères et Sœurs, tous vous avez été baptisés. Or le baptême, c’est une libération, mais cela se passe au cœur d’un combat spirituel qui dure toute la vie ; tous, nous en avons fait l’expérience, même les plus jeunes, mais nous l’oublions souvent dans ce monde qui a toujours cédé au pouvoir de l’argent, à la séduction de la vie facile. Quand nous sommes appelés à servir les autres, à être toujours prêts à servir (n’est-ce pas la devise des scouts), nous avons un choix à faire et cela peut se passer devant un écran d’ordinateur ou un smartphone. « Celui qui fait la volonté de Dieu, voilà mon frère, ma sœur, ma mère. » Cela se joue dans notre cœur à l’écoute de l’Esprit Saint.

C’est là qu’il faut relire ce que nous a dit Paul dans la lettre aux Corinthiens en rappelant la résurrection de Jésus, sa victoire sur le mal : « La détresse présente est légère par rapport au poids incomparable de gloire éternelle qu’elle produit en nous. L’essentiel ne se voit pas : ce qui se voit est provisoire, ce qui ne se voit pas est éternel. »

Il nous faut chercher à faire comme Jésus la volonté du Père, et si nous sommes à l’écoute de l’Esprit, nous pouvons la trouver dans la prière, dans l’Ecriture, dans les événements, dans les rencontres. Et n’oublions pas que nous sommes frères et sœurs d’une même famille, celle du Christ Ressuscité.

Frère Basile