3° Dimanche de Pâques B

Thomas13Actes 3, 13 sv / ps 4
1 Jean 2, 1-5
Luc 24, 35-48

« Incrédules pour cause de joie ! » :

Voilà comment Xavier Thévenot qualifie l’attitude des Apôtres dans cette apparition du Christ Ressuscité à la fin de l’Evangile de Luc : incrédules pour cause de joie ! Chaque évangéliste a sa manière à lui de raconter ce qui s’est passé après la mort du Christ, mais tous nous font ressentir cette difficulté, cette impossibilité pour les disciples de croire ce qui est proprement incroyable. Ils avaient laissé mourir leur maître, ils savaient qu’on l’avait descendu de la croix et qu’on l’avait mis au tombeau le vendredi soir avant le sabbat : non, ce n’était pas possible qu’il soit vivant, qu’il soit ressuscité.

Dimanche dernier, c’était la réaction de Thomas, rapportée par Jean ; ici, Luc nous montre tous les disciples ensemble, tellement stupéfaits de voir Jésus vivant au milieu d’eux, au point qu’ils le prennent pour un fantôme ! C’est pourquoi Jésus leur montre ses mains et ses pieds, sa chair et ses os : « Touchez-moi, regardez ! » Et Luc ajoute : « Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire ! » Incrédules pour cause de joie ! comme si la joie pouvait rendre incrédule, c’est trop beau pour être vrai !

Et nous, 2000 ans après ? Quelle est notre réaction, notre difficulté à croire ? Quelle est la mesure de notre foi ? La foi peut-elle aller jusqu’à ressusciter les morts ? Est-ce réservé aux Apôtres, à Pierre et à Paul comme cela nous est raconté dans les Actes, car ni vous ni moi n’avons ressuscité un mort ?

Mais alors où est la foi véritable ?

 Car il nous faut reconnaître notre manque de foi, notre incrédulité, mais non pas pour cause de joie, – je dirai plutôt – parce que nous nous sommes faits une raison. Le Christ est ressuscité : nous le proclamons chaque dimanche dans le Credo, c’est la foi de l’Eglise. Mais cela veut dire quoi dans notre vie de tous les jours ou devant la mort de nos proches.

Dans le monde d’aujourd’hui de la science, de la technique, de la programmation, on finit par ne plus croire à la résurrection du Christ, et les sondages le confirment. Alors n’avons-nous plus d’espérance devant la mort, car s’il y a une réalité qui peut changer notre vie et dynamiser notre espérance, c’est bien la Résurrection du Christ.

Olivier Clément, un théologien de l’Eglise orthodoxe, né dans une famille athée et qui s’est converti à 27 ans, a écrit lui-même ceci : « Je ne serai jamais assez reconnaissant à l’Eglise orthodoxe de m’avoir fait connaître la joie de Pâques où se guérit la plaie secrète de l’âme ». On sait combien dans l’Eglise Orthodoxe, en Russie en particulier, la fête de Pâques est la joie des joies ; c’est ce qui a permis aux chrétiens orthodoxes de garder la foi et de traverser 70 ans de mort et de persécutions.

Comment réveiller notre foi dans le Crucifié Ressuscité, présent chaque dimanche au milieu de nous. Tout l’Evangile de ce jour est destiné à nous rappeler que Jésus est bel et bien vivant : il parle, il mange avec ses disciples : ce n’est pas un esprit, un fantôme, un songe, une idée. C’est cette formidable rencontre avec Celui qui est Vivant et qui a fait de ses disciples des témoins de sa Résurrection, de sa Joie. Il faut nous laisser toucher par le Christ et enseigner par lui.

Or nous sommes comme les disciples prisonniers de nos doutes, ou même de nos vérités établies une fois pour toutes, nos vérités-refuges. Et le Christ nous interpelle : « Pourquoi ce trouble, pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre cœur ? Voyez mes mains et mes pieds, touchez-moi, regardez » ce qui veut dire : « Regardez mes mains et mes pieds percés pour vous, mes blessures qui demeurent pour guérir les vôtres » Les disciples n’étaient pas prêts à un tel événement : le sommes-nous davantage ? Pâques, c’est toujours l’inattendu de Dieu qui bouleverse nos vies.

Dans un 2° temps, Jésus nous renvoie à l’importance des Ecritures. « Rappelez-vous les paroles que je vous ai dites » un exercice de mémoire et d’intelligence des Ecritures. F & S, nous ne pouvons pas progresser dans la foi au Christ, le Crucifié-Ressuscité, si nous ne lisons pas la Bible. Aujourd’hui, nous avons cette grâce de pouvoir la lire ensemble avec nos frères protestants et orthodoxes. Même si nos approches sont diverses, nous avons là un texte qui fonde et nourrit notre foi, un texte qui renferme pour toute personne un merveilleux secret de vie, qui permet d’affronter les difficultés, de traverser l’épreuve, d’apprendre à aimer, de recevoir la paix, de retrouver la confiance. C’est cela la conversion, et non pas je ne sais quelle morale impossible et rigide. « A vous d’en être les témoins » nous dit Jésus ce matin.

Alors ne nous taisons pas. Comme le disait le pape François lors de la Vigile pascale : « Il est ressuscité ! C’est l’annonce qui soutient notre espérance et la transforme en gestes concrets de charité. Célébrer Pâques signifie croire de nouveau que Dieu ne cesse de faire irruption dans nos histoires, dans nos vies d’aujourd’hui. »

Frère Basile