4° Dimanche de Pâques B

bonbergerActes 4, 8-12 / ps 117
1 Jean 3, 1-2
Jean 10, 11-18

Qui sommes-nous ? Question délicate, puisqu’elle porte sur notre identité personnelle, et que nous sommes tous des êtres uniques. Question qui ne peut recevoir une réponse définitive, puisque nous sommes toujours en chantier. Question qui nous ouvre à un mystère inépuisable, puisque nous sommes infiniment plus que tout ce que nous pourrons penser ou réaliser.

L’évangile de ce dimanche et notre seconde lecture peuvent nous aider à y voir plus clair, en nous renvoyant au mystère du Christ, comme au mystère trinitaire et à celui du monde à venir.

Le Christ nous le dit : « Je suis le bon pasteur qui donne sa vie pour ses brebis ». Et nous, nous sommes les brebis de son pâturage.

Le Christ ajoute aussitôt : « Je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, COMME le Père me connaît, et que je connais le Père ». Déjà un abîme s’ouvre sous nos pieds. La relation d’intimité qui unit le Christ à chacun, chacune d’entre nous, et qui nous unit au Christ, est comparable à l’incroyable intimité qui unit le Père et le Fils, de toute éternité.

C’est d’une audace inouïe ! La vie intime de Dieu serait-elle inaccessible, incomparable ? Et bien, non ! La communion du Père et du Fils, tout en étant différente, est du même ordre que notre communion avec le Christ. C’est un point essentiel de notre identité de croyant.

Notre page d’évangile n’en reste pas là. Le Christ est notre berger. Il appelle chacun, chacune, par son nom… Mais le Christ a « encore d’autres brebis qui ne sont pas de cet enclos », ni appelés nécessairement à y entrer. Un jour, ces autres brebis écouteront la voix de leur berger, et il y aura « un seul troupeau et un seul pasteur ». Notre horizon ne se limite donc pas à notre petit enclos, mais il s’élargit sans cesse. Tandis que notre identité relationnelle se renouvèle, dans une dynamique qui n’aura pas de fin.

Pour notre seconde lecture, la conséquence va de soi. « Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas : c’est qu’il n’a pas connu Dieu ». Notre identité la plus personnelle reste voilée, pour qui ne voit pas qu’elle s’enracine dans l’amour fou de Dieu pour nous, dans le mystère du Christ et le mystère trinitaire.

De plus, « ce que nous serons n’a pas encore été mani-festé ». « Quand cela sera manifesté, nous serons semblables à Dieu, car nous le verrons tel qu’il est ». Lui qui est éminem-ment relationnel, constamment en mouvement, dans la com-munion des personnes et leur don mutuel. Car Dieu est jaillis-sement permanent, explosion de vie, espace ouvert d’intimité et de tendresse…

Comment un tel dynamisme est-il possible ? Par l’Esprit saint qui fait toutes choses nouvelles, en Dieu d’abord, et aussi en nous. L’Esprit en toi, l’Esprit en moi, avivant nos différences, créant cette mystérieuse connivence, qui nous fait découvrir, peu à peu, qui nous sommes.

Qui sommes-nous ? Notre identité ne réside pas dans ce que nous faisons ou non, dans nos succès ou nos échecs. Notre identité se joue dans la manière, très personnelle, dont nous vivons nos relations humaines, et donnons notre vie à Dieu.

Nous voici invités à vivre nos relations dans la mouvance de la pâque du Christ, sous la motion de l’Esprit Saint, au cœur des contradictions du monde présent. Les épreuves ne nous seront pas épargnées, ni les faux pas. Mais c’est l’unique chemin qui conduit à la joie sans déclin dans le monde à venir. Car notre vocation éternelle, nous dit Saint Augustin, c’est de « jouir de Dieu », et de « jouir les uns des autres, en Dieu et pour Dieu ».

Frère Alain