6° Dimanche de Pâques B

qui suis-jeActes 10, 25…48 / ps 97
1 Jean 4, 7-10
Jean 15, 9-17

« Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis »

Ces paroles de Jésus à ses disciples ont un poids très grand, car il leur révèle, juste avant de mourir, le cœur de Dieu ; c’est une sorte de testament spirituel ; non seulement il leur donne le commandement nouveau, mais il établit avec ses disciples une relation nouvelle, personnelle, celle d’un ami avec son ami ; on pourrait appeler ce dernier repas avec les siens le repas de l’amitié.

Comme signe de son amitié, Jésus leur a d’abord lavé les pieds. Habituellement, pour témoigner de son amitié à quelqu’un, on fait un cadeau, on laisse un souvenir, on donne quelque chose qui fera plaisir à l’autre. Jésus, lui, a posé un geste inhabituel et fort pour dire son amitié : il s’est mis en tenue de service, comme un esclave qui lave les pieds de son maître. Ce geste a mis les disciples mal à l’aise et Pierre l’a d’abord refusé.

C’est que Jésus n’envisage pas l’amitié à moitié : « Il n’y a pas de plus grand amour, leur dit-il, que de donner sa vie pour ses amis » Jésus fait découvrir peu à peu de quelle amitié, de quel amour il aime ses disciples. Tous le vénéraient comme un maître qui savait enseigner, qui avait autorité, qui les avait entraînés sur les routes de Palestine, et ce soir ils découvrent un autre visage de Jésus, celui d’un ami. « Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis »

Pourtant Jésus n’est pas dupe. Il a déjà dit à Pierre que ce dernier le renierait, il sait que bientôt tous le laisseront seul. Comment est-ce possible ? Qui de nous oserait appeler

ami un homme ou une femme dont il connaîtrait l’intention de de l’abandonner ? Pour nous, un ami, c’est quelqu’un sur lequel on peut compter et s’appuyer en cas de coup dur : je me donne à toi parce que je sais que tu te donnes à moi.

Pour Jésus, l’amitié ne fonctionne pas ainsi. Ce soir-là, Jésus désire dire à ses disciples qu’il les considère comme ses amis, et qu’il les aime en dépit de leur faiblesse et de leur défection prochaine. Son amitié ne dépend pas de la leur. Jésus offre son amitié gratuitement, sans condition.

Frères et Sœurs, quand Jésus s’adresse à ses disciples au soir de la dernière cène, nous croyons, et même nous sentons que c’est à chacun de nous qu’il s’adresse, que c’est à chacun, à chacune de nous qu’il propose son amitié. Comme le dit Jean-Paul Vesco, l’évêque d’Oran en Algérie, dans son livre sur l’amitié : « C’est tout simplement fou ! C’est Jésus, Dieu lui-même, qui entre avec chacun de nous dans cette relation d’amitié. »

En quoi consiste-t-elle ? Elle apparaît déjà dans le geste du lavement des pieds, et puis elle est là quand Jésus dit qu’il donne sa vie pour ses amis, et ce soir-là il l’a vraiment donnée. Mais il y a plus encore : il nous livre un secret, un trésor qu’il ne veut pas garder pour lui : « Tout ce que j’ai entendu de mon Père je vous l’ai fait connaître ». Ce qu’il veut nous faire connaître, c’est cette relation d’amour très profonde avec son Père : il est habité par l’Amour du Père et il le laisse déborder pour nous : c’est de cet Amour-là qu’il veut combler ses disciples quand il leur dit : « Demeurez dans mon Amour ». Pourquoi dit-il cela ? « Pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite »

Sur le moment, les disciples n’ont pas compris et devant la mort de Jésus qu’ils n’ont pas supportée, ils vont connaître la désespérance. Puis viendra la résurrection, et ils comprendront alors devant Jésus vivant que cette amitié est

toujours là ; Jésus ne l’a pas reprise, il est resté fidèle, et quelque soient nos abandons, nos péchés, nos trahisons, il nous offre à nouveau cet amour indéfectible qui est l’amour même de Dieu.

Je voudrais souligner deux signes très parlants de cet amour, que l’Eglise nous donne aujourd’hui dans les sacrements. C’est d’abord le mystère de l’Eucharistie où Jésus donne sa vie pour ceux qu’il aime ; et il n’y a pas de frontière : Corps livré, Sang versé, pour la multitude.

Et puis, c’est le don de l’Esprit, et je pense à vous les plus jeunes qui vous préparez au sacrement de la Confirmation. Là aussi, pas de frontière comme cela nous a été rappelé dans la 1° lecture : à la stupéfaction de Pierre, l’Esprit Saint a été donné à ceux qui n’étaient pas juifs, alors qu’ils n’étaient même pas baptisés. Dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus ne mentionne pas l’Esprit Saint, mais quand il dit : « Pour que ma joie soit en vous », il s’agit bien de cet Amour qui unit le Père et le Fils, et dont il veut nous combler en nous appelant ses amis. C’est cet Amour, cette Joie dont vous aurez à témoigner dans votre vie de baptisé-confirmé. Et ce sera en vous un formidable moteur pour vivre pleinement cette relation à Dieu et aux autres : « Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis »

Frère Basile