Ascension Année B

ascensionActes 1, 1-11 / ps 46
Ephésiens 4, 1-13
Marc 16, 15-20

Nous le savons par expérience : toute vie humaine est tissée de séparations. Après une séparation, rien ne sera plus comme avant. Pourtant, nous restons souvent habités par ceux ou celles qui nous ont quittés, d’une manière ou d’une autre. Notre manque inaugure une présence dans l’absence, qui creuse notre désir, suscite parfois une espérance, nous appelle à vivre autrement… Ceci, tous peuvent le comprendre.

Or l’ascension est un de ces moments charnière qui s’im-prime profondément dans nos vies de croyants… Mais notre première lecture (tirée du livre des Actes) associe des images dont nous avons perdu la clef, par manque de culture biblique. D’où cette étrange impression de nous trouver devant un récit incroyable : le Christ s’élevant de terre, disparaissant dans les nuages, pour aller siéger dans les cieux, à la droite de Dieu. Plutôt que de reprendre ces images, allons droit à l’essentiel.

L’ascension c’est l’EPREUVE DE LA SEPARATION, au terme de ces 40 jours, où le Christ ressuscité est apparu à ses témoins choisis d’avance, dans une étonnante familiarité. Les disciples avaient vécu la séparation brutale de la mort du Christ. Et voici que le Christ ressuscité disparaît dans la nuée, qui le dérobe à nos regards étonnés. Une page est tournée.

Mais l’ascenson est aussi la FÊTE DE L’ESPERANCE. Car cette séparation n’est pas définitive. Le Christ reviendra. Quand, nous ne le savons pas. L’ascension nous oriente ainsi vers le retour du Christ. L‘avenir reste ouvert, imprévisible, inimaginable, puisqu’il est dans les mains de Dieu. L’avenir de notre monde, de notre humanité souffrante et parfois exultante. L’avenir de chacun, de chacune d’entre nous. L’ascension, fête de l’espérance, est ainsi, osons le dire, la fête du non-savoir qui s’ouvre à la confiance.

L’ascension, épreuve de la séparation et fête de l’espé-rance, nous oriente vers L’ATTENTE DE l’ESPRIT. Car si le Christ s’efface, c’est pour ouvrir un espace / à notre liberté, à notre créativité, à nos responsabilités présentes. Nous voici appelés à vivre dans la mouvance de l’Esprit du Christ, dont nous ne savons, ni d’où il vient, ni où il va.

C’est l’Esprit Saint qui nous permet d’apprivoiser l’ab-sence, quand nous guettons le visage du Christ dans le miroir des Ecritures, dans les événements de notre monde. C’est l’Esprit Saint qui nous permet de tenir dans l’espérance. De vivre la recherche du Christ au cœur de nos tâches humaines. D’être les témoins du Christ, partout où il nous envoie. C’est l’Esprit qui nous permet de nous accomplir, comme être fini, singulier, incarné, unique et précieux aux yeux de Dieu.

Vue ainsi, l’ascension est une bonne nouvelle, un nouveau commencement. La vie continue, tissée de séparations et d’absence, comme de rebondissements imprévus. Il est bon qu’il en soit ainsi. Si du moins nous suivons le Christ pas à pas, en accomplissant la tâche qui nous est confiée, dans la joie de l’espérance et la nouveauté de l’Esprit. Si nous rêvons encore d’une petite pentecôte, sur notre monde, sur nos Eglises, nos familles et nos communautés, comme sur les plus proches de nos proches.

En ces jours qui vont de l’ascension à la Pentecôte, nous pouvons demander cette grâce. Que l’Esprit vienne guérir les blessures engendrées par les deuils, les luttes fratricides, les ruptures d’alliance, mais aussi par ce qui nous sépare de ceux et celles que nous aimons. Que l’Esprit nous donne d’habiter ce temps / de l’absence, de la mémoire et de l’espérance, puisque l’Esprit est la présence du Christ que nous attendons.

« L’histoire unique est achevée : premier enfant du Royaume, Christ est vivant auprès de Dieu. Mais son exode, humble et caché, le Fils ainé le recommence pour chaque homme », donc pour chacun, chacune d’entre nous.