3° Dimanche de Carême année A

samaritaine-JésusExode 17, 3-7 / ps 94
Romains 5, 1-2 + 5-8
Jean 4, 5-42

Frères et Sœurs, chaque année durant le Carême, il nous est possible de reprendre les grands évangiles de Jean : la Samaritaine, la guérison de l’aveugle-né, et la résurrection de Lazare. C’est pour marquer le chemin, les étapes, de ceux et celles qui seront baptisés dans la nuit pascale, et aussi, comme le souhaite notre évêque, l’occasion de revisiter notre baptême.

Aujourd’hui la rencontre de Jésus avec la Samaritaine. Que s’est-il passé ? L’évangile de Jean nous rapporte un dialogue étonnant : quelques paroles seulement, mais qui nous touchent encore aujourd’hui. Nous sommes là témoins d’une rencontre inhabituelle, improbable : les juifs ne fréquentent pas les samaritains, et plus encore un homme n’adresse pas la parole à une femme dans l’espace public : c’était impensable à l’époque. Jésus l’a fait.

Ce qui est admirable, c’est la manière dont il s’y prend pour rencontrer cette femme, pour la révéler à elle-même, pour l’ouvrir à cette source intérieure, à ce lieu que chacun de nous porte en lui, sans toujours en avoir conscience ; et puis il lui parle de l’essentiel, de notre relation à Dieu, de l’adoration véritable, tout un chemin de foi qu’il nous faut refaire, nous aussi.

Que s’est-il passé ? Jésus n’a pas fait de discours un discours, mais un dialogue où l’autre s’est senti accueilli, écouté, aimé, respecté. Car cette femme n’avait pas une bonne image d’elle-même, elle n’avait plus rien à donner ; la source en elle était tarie ; et si elle vient puiser de l’eau à l’heure de midi, c’est parce qu’elle est sûre de n’y rencontrer personne. Mais Jésus était là comme s’il l’attendait, et il ose lui demander quelque chose. « Donne-moi à boire ». Quand on demande quelque chose à quelqu’un, on fait acte d’humilité ; Jésus va lui parler du don de Dieu, mais d’abord il lui demande quelque chose et par là il donne de l’importance à cette femme de Samarie qui n’en avait plus.

Avez-vous remarqué quel est le verbe qui revient plusieurs fois dans ce court dialogue ? C’est le verbe « donner » employé 7 fois et dans les 2 sens, car la demande de Jésus appelle un don. On pourrait dire que l’enjeu de cette rencontre est un don à remettre en circulation. Et quel est ce don ? Ce n’est plus l’eau du puits, c’est l’eau vive, c’est le don de Dieu, c’est l’Esprit Saint, comme dit Paul qui nous a été donné, parce que l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs. Toute la réalité profonde du baptême est là : cette gratuité du don de Dieu qui nous a été fait au jour de notre baptême. Et c’est une source intérieure intarissable, à laquelle nous pouvons toujours nous désaltérer, et que souvent il nous faut réveiller.

Or ce don , c’est la vie éternelle. Comment alors pouvons-nous la refuser à d’autres ? On sait combien encore aujourd’hui, certaines demandes de baptême sont refusées par des prêtres, ce que le pape François n’aime pas du tout. Ce n’est pas simple, mais il faut accueillir les gens làoù ils en sont. Rappelez-vous cette belle parole de Pierre dans les Actes des Apôtres : « Si Dieu leur a fait le même don qu’à nous (il s’agit des païens), parce qu’ils ont cru au Seigneur Jésus Christ, qui étais-je moi pour empêcher l’action de Dieu, pour leur refuser l’eau de baptême ? » (10, 47 et 11, 17)

C’est très beau ensuite comment Jésus va révéler à cette femme quel est le Dieu vivant et vrai, et là où il faut l’adorer.

Il entend sa question, il ne rejette pas les traditions de son peuple comme un juif aurait pu le faire, il l’appelle à aller plus loin : « Un jour viendra où les uns et les autres, nous adorerons le Père, non plus sur cette montagne, ou à Jérusalem, mais en esprit et vérité. » Et c’est seulement à la fin que Jésus lui révèle son identité. A ce moment-là, elle est prête à croire en Jésus. Elle qui n’était capable de rien, voilà qu’elle devient disciple, et disciple-missionnaire : « Venez voir un homme qui a vu clair en moi », elle ose le dire, car le dialogue avec Jésus l’a transformée ; elle n’attend pas d’être catéchisée ou sûre dans sa foi ; elle dit aux gens qui la connaissent : « Ne serait-il pas le Christ ? » Elle témoigne de cette foi qui commence, comme le font aujourd’hui ceux qui demandent le baptême.

Frères et Sœurs, toutes ces paroles nous touchent parce que, quel que soit notre chemin de foi, il nous est donné de rencontrer d’autres personnes, d’oser les aborder, et de permettre ainsi la rencontre entre le Christ et tous les assoiffés d’aujourd’hui.

Prenons conscience de ce que le baptême a fait naître en nous, une source jaillissante en vie éternelle. Ne soyons pas des baptisés – consommateurs, mais des baptisés missionnaires.

Laissons parler le Christ et l’Esprit : c’est lui la source d’eau vive, l’amour de Dieu répandu dans nos cœurs. Nos vies alors pourront être ces lieux de rencontre où l’on peut s’asseoir, se parler, « creuser notre puits », comme le disait Christian de Chergé, le prieur de Tibhirine, pour s’offrir l’eau qui apaise toute soif. Et Christian osait demander à son ami Mohammed :

« Qu’allons-nous trouver au fond de notre puits ? de l’eau musulmane ou de l’eau chrétienne ? » et Mohammed de répondre : « Tu sais, au fond de ce puits-là, ce qu’on trouve, c’est l’eau de Dieu. »

« L’heure vient, et c’est maintenant, nous dit Jésus, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité. »

 Frère Basile