6° Dimanche Ord B

lepreLévitique 13, 1…46 / ps 101
1 Corinthiens 10, 31 à 11, 1
Marc 1, 40-45

Frères & Sœurs, voilà un évangile apparemment très simple : la guérison d’un lépreux. Et Marc à son habitude raconte les choses brièvement sans faire de sentiment. Dans la bouche du lépreux, il y a ces simples mots : « Si tu le veux, tu peux me purifier » et Jésus les reprend littéralement : « Je le veux, sois purifié ». La guérison est immédiate ; ensuite, les choses se compliquent quand Jésus donne au lépreux guéri la consigne de ne rien dire et d’aller se montrer au prêtre, conformément à la Loi de Moïse. Consigne impossible à tenir, on le comprend : cet homme ne peut pas se taire. Du coup Jésus est obligé de se cacher, mais la publicité est faite, on vient à lui de partout.

Je vous poserai bien la question : quelle est la bonne nouvelle de cette guérison, pour nous aujourd’hui ? Je note cette belle coïncidence entre cet évangile et la journée mondiale du malade, appelé aussi dimanche de la santé. Que nous soyons malades, soignants ou visiteurs à l’hôpital, il y a là une parole pour nous, et je me souviens de l’avoir portée à notre frère Nicolas à l’hôpital de Belfort, quelques jours avant sa mort il y a 3 ans. Le dimanche de la santé, c’est le jour où la communauté se réunit et rend grâce pour le visage du Ressuscité qui nous relève et appelle chacun à la vie. Car le Christ, aujourd’hui encore, envoie ses disciples guérir les malades et chasser l’esprit du mal, être pour eux le visage du Ressuscité. Voyons comment fait Jésus quand il guérit ce lépreux dans l’Evangile.

Pourquoi a-t-il transgressé la Loi de Moïse ? Car l’étonnant de cette histoire, c’est qu’elle se déroule en pleine illégalité ! Le lépreux n’aurait jamais dû oser approcher Jésus et Jésus n’aurait jamais dû toucher le lépreux : l’un et l’autre ont transgressé l’exclusion traditionnelle. Nous l’avons entendu dans la 1° lecture : la Loi de Moïse était formelle : « Le lépreux habitera à l’écart, sa demeure sera hors du camp. » A l’origine, c’était une précaution élémentaire par rapport à une maladie incurable et très contagieuse ; par la suite, c’était devenu une exclusion par souci de pureté religieuse ; si on y réfléchit, c’est terrifiant même, on pouvait être un exclu au nom même de Dieu.

Quel sentiment a pu pousser Jésus à enfreindre la Loi sciemment ? Une fois de plus, Jésus a été touché aux entrailles, saisi de pitié, – certains manuscrits disent même : pris de colère – touché devant l’audace de ce lépreux, devant sa confiance en Dieu : « Si tu le veux, tu peux me purifier » Jésus répond à cet élan de foi ; non seulement il lui dit : « Je le veux, sois purifié », mais il va toucher le lépreux ; il aurait pu le guérir à distance, non il le touche et c’est un signe fort pour nous dire que Dieu est là, que les temps nouveaux sont accomplis avec tous les signes messianiques dont la purification des lépreux faisait partie.

Ce miracle de Jésus est donc un signe important entre tous, c’est le début de son long combat contre toutes les exclusions ; la voilà, la Bonne Nouvelle que le lépreux va s’empresser de colporter, c’est que désormais personne, absolument personne, ne peut être déclaré impur et exclu au nom de Dieu.

Mais sommes-nous en mesure de comprendre cette Bonne Nouvelle et d’en vivre dans nos rencontres avec les malades ? Si l’on veut ressembler à Dieu, lui qui « entend, comme dit le psaume, la plainte des captifs et qui libère les condamnés à mort », alors il ne faut exclure personne, mais bien au contraire se faire proche de tous comme le Christ. Et Paul a raison de dire : « Mon modèle à moi, c’est le Christ ». Lui ressembler, ce n’est pas éviter le contact avec les autres, quels qu’ils soient, c’est développer toutes nos capacités d’amour, déployer toutes nos antennes d’attention aux autres.

Comment ne pas penser à François d’Assise, qui malgré sa forte répugnance devant cette maladie contagieuse, rencontre un jour dans la campagne d’Assise un lépreux ; il eut un grand frisson, mais pour ne pas trahir sa décision de devenir ‘chevalier du Christ’, il saute de son cheval et alors que le lépreux lui tendait la main pour recevoir l’aumône, François lui remit de l’argent et l’embrassa.

Le François d’aujourd’hui, nous le savons, c’est Jorge Mario Bergoglio, notre pape François, arrivé d’Argentine, il y a bientôt 5 ans. Depuis son élection comme évêque de Rome, il n’a cessé de lutter pour que l’Eglise soit ouverte à tous, pour qu’elle s’approche de toute personne qui souffre. Son premier voyage fut pour l’île de Lampedusa où il réagit contre la « mondialisation de l’indifférence » face aux migrants.

Dans tous ses voyages, il est instinctivement porté vers les lieux de souffrance, vers les personnes avec un handicap, vers les minorités opprimées. Il se fait proche de chacun. La consigne qu’il donne et qu’il répète aujourd’hui, spécialement aux évêques et aux prêtres, tient en 2 mots : proximité et tendresse. Par humilité, il ne dira pas comme Paul aux Corinthiens « Imitez-moi », mais son exemple nous parle tellement pour changer nos comportements d’aujourd’hui et nous faire proches de tous comme Jésus le fait dans l’Evangile.

Demandons cette grâce au Seigneur pour chacun de nous et pour toute l’Eglise.

Frère Basile