3° Dimanche Ord B

pêcheurdhommesJonas 3, 1-5 + 10 / Psaume 24
1 Cor  7, 29-31
Marc  1, 14-20

F & S, nous venons d’entendre les premières paroles de Jésus dans l’évangile de Marc, 4 paroles qui nous disent comment Jésus a annoncé lui-même le Royaume, le Règne de Dieu ; faisons bien attention à l’ordre de ces paroles : avant Jésus, Marc avait mentionné la prédication de Jean Baptiste appelant à la conversion, tout à fait dans la ligne du prophète Jonas. Et lorsque Jean Baptiste est emprisonné, Jésus prend le relais.

Or quelle est la 1° parole de Jésus ? Ce n’est pas « Convertissez-vous », mais « Les temps sont accomplis », ce qui veut dire que quelque chose commence, qui est une bonne nouvelle (le mot évangile vient du grec et veut dire « bonne nouvelle ») ; quelque chose commence, et c’est une nouveauté radicale : « Le Règne de Dieu, le Royaume de Dieu, est tout proche. » Voilà la 2° parole.

C’est après seulement que Jésus dira comme Jean Baptiste : « Convertissez-vous » C’est un mot qu’on n’aime pas trop, surtout quand il est dit avec des menaces (ce que fait Jonas à Ninive), un mot qui a pu faire peur à bien des gens et leur faire voir Dieu comme un gendarme, ou comme un maître qui peut vous punir : conversions forcées : il y en a eu hélas ! alors que ce mot « Convertissez-vous » « Retournez-vous » est beaucoup plus de l’ordre de l’invitation : et c’est toujours un appel à vivre, à nous détourner de la mort et du péché, à nous retourner vers la source de vie et du bonheur. Nous avons donc là un mot important à bien comprendre.

Avant de parler de conversion, Jésus nous parle du Royaume : il est tout proche, proche de chacun de nous, à pouvoir le toucher. On peut le percevoir de 2 façons. D’abord c’est Jésus qui passe, il marche sur le bord du lac, il passe près des pêcheurs, à portée de voix, et il va lancer son appel : « Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes » et là quelle conversion pour Pierre et André, puis pour Jacques et Jean ; ils entendent l’appel, ils se retournent et ils suivent Jésus. Pour eux le Royaume de Dieu, c’est Jésus, c’est cette parole qui touche au cœur et qui va changer toute leur vie. La conversion s’est faite d’elle-même, quelqu’un est entré dans leur vie et ils ont cru à sa parole. Pas de grand discours, pas besoin de démonstration : « Le Royaume de Dieu est là » et çà suffit pour se mettre en route. Jésus n’appelle pas des hommes parfaits ou diplômés, aucune sélection dans son appel : il prend les gens comme il sont, sur le lieu même de leur travail et c’est peu à peu qu’ils apprendront à devenir disciples. Mais la rencontre personnelle avec le Christ a eu lieu. « Le Royaume de Dieu est là »

On peut aussi percevoir le Royaume d’une autre façon, plus diffuse ; on pourrait parler d’une expérience de Dieu, d’une proximité de Dieu qui peut s’étendre à tous les domaines de notre vie. C’est là que j’aimerais vous poser la question : « Le Royaume de Dieu, c’est quoi pour vous ? » et je suis sûr qu’il y aurait une multitude de réponses. Mais attention aux réponses utopiques du genre : « Le Royaume de Dieu, c’est quand les hommes arrêteront de faire la guerre, de réduire les autres en esclavage ou de torturer leurs semblables ». Autre utopie qui nous habite ces jours-ci : « Le Royaume de Dieu, c’est quand les chrétiens s’accueilleront tous comme des frères, quelle que soit leur Eglise, quand ils communieront ensemble à la même table » etc… C’est vrai que cette espérance nous habite, mais n’est-ce pas reporter le Royaume à plus tard ?

N’oublions pas qu’avec Jésus, les temps sont accomplis, le Règne de Dieu est tout proche, il est là d’une proximité inouïe. St Paul dira : « Le Royaume de Dieu ne consiste pas en des questions de nourriture et de boisson (savoir s’il faut manger ceci ou cela) non, il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint. » (Rom 15, 17) Je crois que cette expérience du Royaume, elle est donnée aux cœurs purs, aux gens simples ou avec un handicaps. N’est-ce pas cela la 1° béatitude ? « Heureux les pauvres de cœur, le Royaume des cieux est à eux ! »

Vous avez peut-être lu l’écrivain Christian Signol. Dans un de ses premiers livres, « Marie des brebis », j’avais repéré une très belle phrase. Cette jeune femme, désespérée de perdre son fiancé parti sur le front en 1917, a cette parole : « C’est le royaume qui m’a sauvée. » Elle raconte cela à sa manière : « Je m’étais repliée sur moi-même comme une fleur privée d’eau. C’est le royaume qui m’a sauvée. Ce que j’appelle le royaume, c’est le monde que nous a donné le Bon Dieu : les fleurs, les arbres, les bêtes et la terre. A cette époque, les hommes ne l’avaient pas encore mis à mal comme aujourd’hui. » Elle avait trouvé dans la nature, dans la création, cette proximité de Dieu, une source qui régénère quand rien ne va plus et qui lui donnera la force de repartir. Mais là aussi il y a une conversion. Chacun de nous a pu faire cette expérience dans sa vie de tous les jours de la proximité de Dieu, de son Règne qui vient.

Dans la prière du Notre Père, nous redisons sans cesse à Dieu : « Que ton Règne vienne ! », mais cela suppose qu’en même temps nous écoutions l’appel du Seigneur à nous convertir. Les deux sont liés, et c’est cela « croire à l’Evangile » Vous connaissez peut-être la question qu’un journaliste a posée un jour à Mère Térésa: « Que faudrait-il changer dans ce monde pour qu’il y ait un peu plus de justice et de paix ? »

La réponse a fusé : « Ce qu’il faut changer, Monsieur ? Vous et moi ! » Voilà la vraie conversion à ne pas reporter à plus tard, et c’est le sens de notre baptême, de cette vie nouvelle dans le Christ.

« Le temps est court, dit Paul, le temps est limité » A sa manière, il nous dit l’urgence du Royaume, il nous fait percevoir le sens profond des choses. « Le Royaume est là » nous dit Jésus. « Les temps sont accomplis / Convertissez-vous / Croyez à la Bonne Nouvelle. » Retenons bien ces paroles : elles nous donnent accès à un monde nouveau, elles nous ouvrent un chemin de vie.

Frère Basile