19° Dimanche ord A

eau1 Rois 19, 9 + 11-13/ ps 84
Romains 9, 1-5
Matthieu 14, 22-33

Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. » Cette parole de Pierre à Jésus, nous pouvons la faire nôtre aujourd’hui, car nous nous retrouvons bien dans l’apôtre Pierre. Comme toujours, il répond le premier, sans mesurer la portée de ses mots, et cette parole est un peu folle ; comme toujours il oscille entre fidélité et reniement, entre courage et peur, entre la barque et Jésus.

Nous avons entendu aussi l’histoire du prophète Elie et sa rencontre avec Dieu à l’Horeb, mais pas comme il l’avait imaginée ; et puis le témoignage de Paul, si attristé de voir son peuple refuser le Christ ; Paul avait eu dans ses premières lettres des paroles très dures contre les Juifs, mais là ce sont vraiment ses frères que Dieu ne cesse pas d’aimer.

Je crois que les lectures d’aujourd’hui nous invitent à une conversion, à une double conversion : cette question toujours actuelle : qui est Dieu pour nous ? c’est la conversion d’Elie, et puis, il y a celle de Pierre : passer de la peur à la confiance : à nous aussi cela est demandé dans un acte de foi en Jésus Ressuscité.

Reprenons d’abord l’histoire d’Elie : je vous invite à relire tout le chapitre 19 du 1° livre des Rois pour comprendre tout ce qui lui arrive. Elie était un prophète redouté, redoutable, qui pouvait faire tomber le feu du ciel sur ses opposants ; et voilà qu’il est lui-même menacé de mort par la reine Jézabel ; il s’enfuit au désert, totalement découragé, prêt à se laisser mourir, mais Dieu lui envoie son ange et le conduit jusqu’à la montagne de l’Horeb, un autre nom du Mont Sinaï ; c’est donc l’endroit où Moïse avait rencontré Dieu dans le tonnerre et les éclairs, un Dieu puissant et fort. Et là Dieu se révèle à Elie d’une manière très différente. Le texte admirable nous fait saisir tout le contraste : Dieu n’était plus dans l’ouragan, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu ou les éclairs : il passe dans le murmure d’une brise légère.

Elie se couvre alors le visage : il a compris que Dieu était là. Ce n’est plus le Dieu tout-puissant, qui pouvait déchaîner contre les hommes tous les éléments du ciel ; cette fausse image de Dieu, nous l’avons tous dans notre imaginaire et nous avons du mal à lui tordre le cou. Or Dieu se révèle à Elie comme le Tout-Autre, l’imperceptible, le tout-proche, celui qui vient à nous sans faire de bruit dans un murmure – on pourrait même traduire dans un son de fin silence. Mais comment l’entendre alors dans une civilisation du bruit, qui est la nôtre aujourd’hui ? Dieu est-il encore là ? Si nous voulons en faire l’expérience, il nous faut aller au désert ou peut-être dans un monastère, pour le découvrir présent et écouter sa voix dans le silence, dans le secret de notre chambre. Avez-vous remarqué que dans Evangile, Jésus, après avoir renvoyé les foules, est allé prier seul dans la montagne avec ce besoin de rencontrer son Père dans le silence.

Dans l’Evangile aussi, Jésus se révèle aux siens comme le Tout-Autre. Pas question pour les disciples de reconnaître Dieu dans ce ’fantôme’ qui marche sur la mer ; c’est tout à la fin, quand Jésus leur aura parlé, quand le vent et leur frayeur seront tombés, qu’ils s’écrieront : « Vraiment tu es le Fils de Dieu ». Là aussi quelle conversion dans l’image de Dieu !

Mais il faut aller plus loin, car l’Evangile est raconté, non pas pour savoir ce qui s’est passé, mais pour nous faire faire l’expérience du Christ ressuscité.

Il nous faut apprendre à entendre et lire les 4 Evangiles à partir de la Résurrection, parce qu’ils ont été écrits après Pâques. Là aussi Jésus se révèle le Tout-Autre et pour nous chrétiens du 21° siècle, cela change notre acte de foi. Bien sûr, Pierre a tout un chemin à faire et nous le faisons avec lui, avec nos doutes, nos peurs, avec tous les vents contraires et nos passages difficiles.

Tous les disciples sont pris de peur, mais Jésus leur dit : « Confiance ! C’est moi, n’ayez plus peur ! » Pierre alors s’écrie : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. » Un sacré pari ! mais il fait cet acte de foi et tout est possible à celui qui croit. Mais pour nous c’est le Christ Ressuscité qui marche sur la mer. Tout devrait nous faire signe dans ce récit. C’est la nuit, la nuit du grand passage où Jésus franchit les eaux de la mort. La marche de Jésus est créatrice d’une terre nouvelle, où la mer ne sera plus, mais c’est aussi l’ouverture d’un chemin dans la mer. Comme Moïse, Jésus ouvre le passage, franchissant la mer Rouge à pied sec : rappelez-vous votre baptême, où vous avez été plongé dans les eaux de la mort pour ressusciter avec Jésus dans une vie nouvelle. Les disciples épuisés vivent une expérience pascale et quand Jésus tend la main à Pierre et monte avec lui dans la barque, c’est un acte de foi dans le Ressuscité.

Qui est Dieu pour nous ? Celui qui s’est révélé et se révèle encore en Jésus, celui qui passe dans nos vies et appelle de manière souvent imprévisible : « Viens, n’aie pas peur ». Notre rencontre de Dieu se fera alors dans un acte de confiance, à ne pas confondre avec un vague sentiment religieux qui fait du bien, mais disparaît très vite. Il nous faudra aller vers lui dans la foi, quitter notre barque, nos sécurités, nos assurances, marcher dans la nuit malgré nos doutes et nos peurs, crier comme Pierre : « Seigneur, sauve-moi ! » Mais là encore nous découvrirons combien Dieu est proche parce qu’il est notre ami.

Parce qu’il vient à nous dans chaque eucharistie, puissions-nous le reconnaître comme les disciples d’Emmaüs et rendre grâce pour sa présence au milieu de nous !
Frère Basile