Fête de la Transfiguration du Seigneur

transfigDaniel 7, 9-10 + 13-14/  ps  96 
2 Pierre 1, 16-19 
 Matthieu  17, 1-9

 

Nous venons d’entendre le récit de la transfiguration selon saint Matthieu. Ce récit, nous l’avons peut-être écouté une centaine de fois, dans l’un ou l’autre des trois premiers évan­giles. Mais nous sommes comme des amoureux qui ont besoin de se redire sans cesse ce qui les fait vivre. Qui savent, par expérience, qu’en plongeant dans le mystère de leur amour, ils découvriront toujours du nouveau.

Nous le savons aussi par expérience. L’amour transfigure, dans des instants de plénitude, fugitifs certes, mais qui per­mettent de tenir ensuite au temps de l’adversité. Qui ne s’est jamais laissé enchanter par le jeu de la lumière sur les visages, leur mobilité, leur expressivité ? Si nous l’avions oublié, notre évangile peut nous le rappeler, avec son insistance sur le visage du Christ transfiguré…

Car il ne s’agit pas ici de n’importe quel visage, mais de celui du « Fils bien aimé », en qui le Père « trouve sa joie ». Visage transfiguré dans sa relation au Père. Visage que nous contemplerons un jour, mais qui nous habite déjà. Visage que nous entrevoyons parfois à travers les visages de ceux et celles que nous aimons, eux aussi promis à la résurrection.

Suivons maintenant le fil du récit. Il nous entraîne sur une haute montagne. Nous arrache à notre temps et à notre espace quotidiens, pour nous permettre de les retrouver autrement.

Viens alors une vision qu’il importe de déchiffrer, à la lumière de la révélation de Dieu au Sinaï. La montagne, Moïse et Elie, la nuée et la voix de Dieu, le rayonnement du visage du Christ rappelant le rayonnement du visage de Moïse descen­dant de la montagne, tout évoque le livre de l’Exode.

Rien n’est dit des sentiments du Christ transfiguré. Son intimité demeure voilée. Mais la voix du Père lève un pan de son mystère. Le Christ reçoit sa gloire, de son Père, elle jaillit de leur amour partagé. « Celui-ci et mon Fils bien aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ». Les disciples sont ainsi conduits de la vision à l’écoute. La voix du Père s’effaçant désormais devant celle du Fils, marchant à nos côtés.

C’est fini ! Le récit nous fait redescendre de la montagne. Les disciples doivent garder le silence sur ce qu’ils ont vu et entendu, « avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts ». Après la résurrection, les disciples parleront. Mais ils devront d’abord traverser l’épreuve de sa passion. Découvrir que la puissance de Dieu se déploie dans la faiblesse.

Le secret ne sera définitivement levé que lorsque retentira l’ultime parole du Père dans le NT : « Voici que je fais toutes choses nouvelles ». Nous réaliserons alors, dans la clarté de nos corps ressuscités, la portée de la transfiguration du Christ, le sens de sa défiguration aux jours de sa passion, la profon­deur de sa communion avec son Père, et le sens ultime de l’aventure humaine et de l’histoire de l’univers.

Comment recevoir aujourd’hui ce récit, si nous ne prêtons pas attention à la beauté des visages qui s’illuminent parfois de la lumière de Dieu, au cœur de nos relations humaines ? Comment recevoir ce récit, si nous lisons peu la Bible, à laquelle ce récit se réfère constamment ? Comment en percevoir les richesses, si, fils et filles de Dieu, nous ne marchons pas à la suite du Christ, vers la transfiguration défini­tive de tout notre être. Quand le Christ transfigurera notre corps de misère, pour le conformer à son corps de gloire, au terme de l’histoire.

Nos traversées du désert comportent parfois ces trouées de lumière. A nous de relire notre vie, pour saisir l’impact de ces moments de grâce, où tout a basculé.

A nous aussi d’inscrire nos vies dans cette histoire longue, qui ne fait pas l’économie de la souffrance et de la mort, mais qui pointe vers la transfiguration de tout le cosmos. Car l’Esprit de Dieu parle aussi dans ces moments de joie indicible qui nous permettent de traverser les tourments de l’histoire, et nous font entrevoir ce vers quoi nous allons.

Frère Alain